Frais de scolarité : « Le gouvernement du Québec a une vue à court terme »

Par Guillaume Mazoyer

En parallèle de la visite de François Hollande au Québec, l’auteur de La coopération franco-québécoise dans le domaine de l’éducation : De 1965 à nos jours, Samy Mesli, a tenu une conférence le 3 novembre à l’Université McGill, sur le bilan de cette complicité diplomatique unique.

Lors d’une soirée organisée par le journal étudiant francophone de l’Université McGill, Le Délit français, et ses partenaires, M. Mesli a tenu à rappeler « l’acte fondateur » que constitue le 1er accord de coopération bilatérale signé entre la France et le Québec en 1965. À l’aube de ses 50 ans, ce texte sert toujours de modèle de coopération puisqu’il s’agit du « premier accord entre un état souverain et une entité sub-étatique dans le monde », selon le conférencier. Le texte a servi de base aux accords de 1978, qui font aujourd’hui débat.

« Les années 1970 ont marqué l’âge d’or de cette coopération » juge Samy Mesli. Les budgets alloués à l’association France-Québec n’ont cessé d’augmenter pendant cette décennie, passant de 2 à 5 millions de dollars annuels. Chiffres à comparer avec le budget de moins d’un million de dollars associé à la collaboration sur le plan de l’éducation entre le Québec et les États-Unis à la même époque. La coopération franco-québécoise se traduit par la création de nombreuses bourses et de programmes d’échanges universitaires. « Par le fait même, le taux d’inscription aux universités québécoises augmente, commente M. Mesli. Le nombre d’étudiants aux cycles supérieurs est multiplié par quatre. » Les accords signés visent à soutenir l’essor du niveau supérieur universitaire au Québec ainsi que les réformes sociales issues de la révolution tranquille. La crise économique des années 1980 vient cependant mettre un frein à la coopération, et oblige à redéfinir les priorités budgétaires du programme.

Le duo France-Québec à l’heure actuelle

La France et le Québec continuent d’être un « tandem novateur », estime le doctorant en Histoire de l’Université Paris 8 et de l’Université du Québec à Montréal (UQÀM). « Il ne faut pas oublier que la France et le Québec sont à l’origine de la Charte de la diversité culturelle de l’UNESCO de 2005 », considère M. Mesli. La coopération dépasse cependant les actions gouvernementales selon lui, comme en font foi les 600 accords bilatéraux entre les universités québécoises et françaises en vigueur aujourd’hui.

Depuis 2010, le nombre d’étudiants français au Québec a augmenté de 40%, ce qui représente une population de 12 000 étudiants aujourd’hui. Le gouvernement du Québec a tout à gagner de cette présence française selon Samy Mesli. « Ce serait une erreur d’augmenter les frais de scolarité, précise le conférencier. Le gouvernement a malheureusement une vue financière à court terme, plutôt que de regarder les retombées à long terme. » La mesure permettrait d’économiser 40 millions de dollars, alors que les étudiants étrangers rapportent un milliard de dollars par an au Québec, selon un article du Figaro.fr. « Il s’agit d’une goutte d’eau d’économie, poursuit Samy Mesli. Le geste va avoir un impact diplomatique certain car il remet en cause des bases établies depuis 1978. » Le Québec étant toujours demandeur d’immigrants, les étudiants français représentent également un large bassin de potentiels résidents permanents dont la province se priverait.

André Malraux et Paul Gérin-Lajoie rêvaient il y a soixante ans d’un « métro aérien » reliant les vies universitaires françaises et québécoises. Interrogé sur la question, Samy Mesli croit que ce « métro » existe toujours grâce à la vitalité actuelle des échanges étudiants, mais qu’il est cependant menacé par les nouvelles mesures gouvernementales.

(crédit visuel : Plantu)

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