Festival Éléphant ClassiQ : les chefs-d’œuvre du cinéma francophone restaurés

L’ouverture de la première édition du festival Éléphant ClassiQ dédié au patrimoine cinématographique restauré a eu lieu jeudi soir au Cinéma Impérial en présence d’un parterre de personnalités du monde du spectacle et de la politique.

C’est en grande pompe que s’est ouverte l’édition 2015 du festival Éléphant ClassiQ. Pour cette première du genre au Canada, le festival du film restauré a choisi de célébrer le cinéma francophone. Des films québécois, français, suisses, belges, sénégalais ou encore vietnamiens – dix-neuf au total – datant de 1890 à 1995, sont présentés au public du 19 au 22 novembre dans les trois salles partenaires de l’évènement : la Cinémathèque québécoise, le Cinéma Imperial et la Salle Pierre-Bourgault du pavillon Judith Jasmin de l’UQAM.

Avec une programmation éclectique s’adressant à un large public, les amateurs de bon cinéma, les curieux tout comme les cinéphiles avertis seront heureux de (re)découvrir des œuvres cultes ou d’exception telles que Le Grand bleu de Luc Besson, L’armée des ombres de Jean-Pierre Melville,  L’odeur de la papaye verte de Tran Anh Hung, Le roi et l’oiseau de Paul Grimault ou encore Cléo de 5 à 7 d’Agnès Varda.

Le mythique Marius d’Alexander Korda et Marcel Pagnol, réalisé en 1931 et restauré depuis peu, clôturera en beauté le festival, ce dimanche.

En association avec l’Université du Québec à Montréal (UQÀM), cet évènement unique s’inscrit dans le cadre du projet de restauration des films québécois crée en 2008 par Quebecor : Éléphant : mémoire du cinéma québécois et piloté par Claude Fournier et Marie-José Raymond.

Lancement du festival sous le signe de l’humour 

La célèbre comédie La folie des grandeurs de Gérard Oury, inspirée de la pièce de théâtre Ruy Blas de Victor Hugo et mettant en vedette Louis de Funès, a ouvert le bal avec panache, ce jeudi 19 novembre. Plusieurs personnalités étaient présentes pour assister à la projection dans la grande salle du Cinéma Imperial : Danièle Thompson, réalisatrice française ; Nicolas Seydoux, président de Gaumont ; Pierre Karl Péladeau, chef du Parti québécois et initiateur du projet Éléphant : mémoire du cinéma québécois ; Régis Labeaume, maire de Québec ; Catherine Feuillet, Consule de France à Montréal; mais aussi Serge Toubiana, directeur de la cinémathèque de Paris ; l’actrice Carole Laure ou encore Pierre Dion, président de Quebecor.

Alain Jupé, maire de la ville de Bordeaux, qui n’a pu se déplacer a adressé un message retransmis sur grand écran : « J’étais heureux de venir rendre hommage à l’extraordinaire travail réalisé par Claude Fournier et Marie-José Raymond pour sauvegarder ce patrimoine extrêmement riche que constitue le cinéma de langue française, explique-t-il. Mais malheureusement, je suis obligé de rester en France en raison de la tragédie épouvantable qui est en train de bouleverser notre pays ». Il a remercié les « amis canadiens et québécois » qui ont exprimé leur sympathie et leur compassion aux Français ces derniers jours.

La plus ancienne société cinématographique, Gaumont, qui célèbre cette année ses 120 ans, était également à l’honneur lors de cette soirée. Son président emblématique, Nicolas Seydoux, héritier de l’entreprise familiale française aux multiples succès s’est dit très honoré de présenter La folie des grandeurs outre-Atlantique en compagnie de Danièle Thompson, coscénariste du film et fille de Gérard Oury.
La réalisatrice, scénariste de La boum et Cousin, cousine, a expliqué son attachement pour ce film : « Mon père y a apporté un soin esthétique très particulier. Il y a une grande recherche sur la peinture de l’époque (…) avec de très beaux paysages espagnols, a-t-elle ajouté. Les costumes sont splendides, la photo est belle, la musique de Polnareff est magnifique. Toutes ces raisons font en sorte que le film vieillit bien. Ce soir, je suis heureuse de vous l’offrir restauré ».

Un nouveau prix Mary Pickford 

Le festival a également annoncé, ce mercredi, la création du Prix Mary Pickford, du nom de la grande vedette canadienne du cinéma muet de 1909 à 1933 à Hollywood.  Ce prix a d’ailleurs été remis pour la première fois hier soir à l’actrice québécoise Geneviève Bujold et honorera chaque année une femme qui s’est illustrée dans le cinéma.

Éléphant de Québecor : protéger la mémoire et garantir le futur du septième art 

« Ressusciter le cinéma est devenu ma plus grande passion, explique le codirecteur d’Éléphant, Claude Fournier. Essayons d’imaginer le désert culturel que deviendrait le monde si tous les musées décidaient de décrocher les tableaux et rangeaient les sculptures qui ont plus que vingt ans. Eh bien, c’est ce qui allait se passer avec le cinéma. Heureusement, les pays restaurent. Nous restaurons », lance-t-il.

Depuis bientôt huit ans, c’est un travail titanesque qui est réalisé par ces équipes, avec plus de 200 films du répertoire cinématographique québécois restaurés et numérisés. Accessibles en ligne sur les plateformes Itunes et Illico, les œuvres restaurées par Éléphant rencontrent un fort engouement auprès du public. En septembre 2015, il y avait plus d’1,5 million de commandes pour ces films. Claude Fournier accueille ce succès avec enthousiasme : « Éléphant doit être partout dans le monde où la technologie le permet (…). Nous souhaitons également que les gens s’habituent à voir des films restaurés d’autres pays du monde. Au Canada, nous sommes sous domination américaine et nous voudrions nous débarrasser de cela. Avec la restauration, on réalise enfin qu’il y a un patrimoine cinématographique québécois, francophone, riche à publiciser ».

C’est ainsi que l’idée d’en faire un festival a germé chez le cinéaste accompli : « C’est parti d’une blague. Je me trouvais en France en compagnie de Marie-José Raymond, Gérald Duchaussoy, directeur de l’organisme Cannes Classics, et Thierry Frémaux, délégué général du Festival de Cannes. Nous avons tenté un premier essai en 2014 en proposant une programmation de cinq films lors du Festival du Nouveau Cinéma. Devant le succès rencontré, nous avons réalisé que cela valait la peine de proposer un festival autonome », raconte-t-il.
Pour Québecor, qui a injecté près de 22 millions de dollars depuis la création du projet Éléphant : mémoire du cinéma québécois, cet effort est essentiel : « La culture est au cœur des activités philanthropiques de Quebecor et nous travaillons fort à la faire rayonner, explique son président, Pierre Dion. Notre engagement avec Éléphant, c’est avant tout de garder la mémoire de notre culture vivante ».

Ce passionnant projet aux grandes ambitions pourrait bien révolutionner notre manière de « consommer » les œuvres cinématographiques. En redonnant leurs lettres de noblesse aux joyaux du septième art, il permet notamment une transmission à la jeune génération. « Cent ans de cinéma peuvent désormais revivre grâce au numérique », nous dit Claude Fournier. Et ce cinéma est le témoin de notre Histoire, de nos mœurs, de nos visages, de nos émotions collectives… En outre, une conservation inestimable du patrimoine culturel de l’humanité.
Qu’on se le dise, la mémoire a de l’avenir.

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