Face au protectionnisme de Trump, le Québec et le Canada se tournent vers la France

C’est devant une salle comble que la nouvelle Déléguée générale du Québec à Paris, Line Beauchamp s’est exprimée, le 1er février dernier, au court d’un déjeuner-conférence à l’Institut France-Amériques à Paris, sur le thème de la relation franco-québécoise. La diplomate était entourée d’Alain Juppé, de Louis Giscard d’Estaing, mais aussi de Pierre-Marc Johnson et Lawrence Cannon à la table d’honneur.

Par Sarah Wargny

Organisé par l’Institut France-Amériques, en partenariat avec la Chambre de Commerce France-Canada et le Cercle des Dirigeants d’Entreprises Franco-Québécois, ce déjeuner-conférence portait sur le thème du « Québec et la France : Une relation unique et des ambitions communes ». Line Beauchamp a ainsi pu présenter les grands axes de son mandat.

Une place de choix pour l’ambassadeur du Canada

Pour ce tout premier événement de l’année, l’ambassadeur du Canada en France, Lawrence Cannon, avait pris place à la table d’honneur. Un geste fort d’un point de vue protocolaire, qui montre bien la volonté du Québec et du Canada de se rassembler autour d’objectifs communs, notamment économiques. D’ailleurs, Pierre-Marc Johnson, négociateur en chef pour le Québec de l’AECG, était également au nombre des invités, ainsi que le maire de Bordeaux, Alain Juppé, et Louis Giscard d’Estaing, Maire de Chamalières et candidat UDI en Amérique du Nord en 2013.

Le discours de Line Beauchamp ressemblait d’ailleurs trait pour trait à celui du Premier ministre du Canada, Justin Trudeau, d’octobre dernier. La Déléguée générale du Québec l’a même cité dans son discours, afin de rappeler les liens d’amitié qui relient le pays avec la France : « Le premier ministre du Canada avait dit à l’automne dernier : “Une amitié forte, capable de résister, ça se cultive, ça demande du travail et de la volonté. Le Québec a bâti une relation directe, unique et privilégiée avec la France. Cette amitié particulière bénéficie à tout le Canada“ ».

La tourmente de l’élection américaine

L’élection de Donald Trump aux Etats-Unis pourrait être l’une des principales raisons de ce rapprochement. Tout comme le Canada, le Québec a beaucoup à perdre sur le plan économique si le milliardaire américain déchire l’accord de l’ALENA :  70 % des exportations de la province partent pour le pays de Donald Trump, d’une valeur de plusieurs dizaines de milliards de dollars chaque année. Un marché conséquent aujourd’hui menacé. C’est pourquoi le Québec et le Canada orientent conjointement leurs efforts vers la porte d’entrée de l’Europe, la France, « second grand investisseur sur le sol québécois après les Etats-Unis », « premier marché international du Québec » et « premier bassin d’immigration du pays ».

Le Québec et le Canada poussent pour que l’accord commercial entre l’Europe et le Canada (AECG) soit validé rapidement. Pour Line Beauchamp, le lien franco-québécois est « un lien privilégié qui pourra être simplifié grâce au traité de libre-échange transatlantique, l’Accord Économique et Commercial Global (AECG), que vous appelez CETA (Canada-European Union Comprehensive Economic and Trade Agreement) », a-t-elle ajouté tout sourire. « Alors que l’élection récente aux Etats-Unis illustre bien leur ambition protectionniste, le Québec, lui, souhaite que le traité de libre-échange soit conclu », a-t-elle soutenu. Ce traité, qui a déjà fait couler beaucoup d’encre, devra être débattu dans les prochains jours.

Le Québec et la France : des liens politiques

Traité économique, relations culturelles privilégiées et mobilité importante, la France et le Québec partagent de nombreuses ambitions communes. Au niveau politique, des liens se sont également tissés entre les deux pays, comme l’illustre la présence de l’ancien candidat à l’élection présidentielle française, Alain Juppé, et Louis Giscard d’Estaing, candidat en Amérique du Nord en 2013. Une surprise qui n’en est pas vraiment une puisque l’on connait déjà son attachement pour le Québec. La province du Canada l’avait d’ailleurs accueilli à bras ouverts en 2005, après qu’il ait été condamné à une peine d’inéligibilité de un an dans l’affaire des emplois fictifs de la ville de Paris. Il enseigna alors pendant un an à Montréal, à l’Ecole nationale d’administration publique (ENAP). C’est donc tout naturellement qu’Alain Juppé s’est retrouvé, lui aussi, assis à la table d’honneur, à la droite de Line Beauchamp lors de ce déjeuner-conférence.

2017, l’année des anniversaires

Mais la nouvelle Déléguée générale du Québec le rappelle, le début de son mandat ne sera pas uniquement consacré aux relations diplomatiques, aux échanges commerciaux et aux influences culturelles entre les deux pays, puisque l’année 2017 sera surtout une année de fête !

Plusieurs évènements vont marquer la première année de son mandat : Les 100 ans de la Délégation ; le 375ème anniversaire de la ville de Montréal ; l’année de la francophonie ; le 50ème anniversaire du ministère des affaires étrangère du Québec ; mais aussi, une soirée culturelle le 1er mars au Bataclan, lieu des terribles attentats du 13 novembre 2015 à Paris. « Un message de confiance et d’espoir », a-t-elle souligné, alors que le territoire québécois vient lui aussi d’être touché par un attentat.

(crédit photo: Sarah Wargny)

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