Entre lumière et pénombre, Fishbach conquiert Montréal

La chanteuse, dont la carrière explose en France, a convaincu le public de l’Astral samedi dernier. En solo sur scène, elle a offert un éventail complet de ses compositions qui sonnent résolument « années 80 ».

Par Jacques Simon

C’est un retour au Canada réussi pour la chanteuse Fishbach. Elle, qui avait eu une petite scène en marge des FrancoFolies de 2017, s’est en effet retrouvée en tête d’affiche à l’Astral ce samedi 10 mars. « Ça sert à ça un festival, ça sert à se faire découvrir », explique-t-elle, souriante. Elle est modeste : il faut dire aussi que sa carrière musicale est en plein envol. Entre son premier album, À ta merci, sorti il y a quelque mois chez Entreprise et sa nomination pour les Victoires de la musique dans la catégorie Révélation de l’année aux côtés de Gaël Faye et d’Eddy de Pretto, il aurait été surprenant qu’on ne lui propose pas de revenir.

Entourée de ses copains lors de sa dernière venue, cette fois-ci, c’est en solo qu’elle vient défendre ses compositions. Seule sur scène, Fishbach se doit donc d’occuper l’espace d’un groupe entier à elle toute seule. « C’est beaucoup plus expressionniste, théâtral… il y a plus d’interaction avec le public et il y a moins d’erreur possible », concède-t-elle.

Expressionniste et théâtral, ce n’est pas exagérer que de le dire. Une heure durant elle travaille son corps et ses expressions pour les accorder à la musique. Tantôt en harmonie avec ses textes, tantôt en rupture avec eux, comme lorsqu’elle provoque en demandant au public de danser gaiement avec elle sur une chanson qui parle d’un suicide, Fishbach peut se targuer d’avoir créé une expérience aussi visuelle qu’auditive.

Ainsi, l’expérience Fishbach c’est un travail constant sur l’antagonisme de ses thèmes de prédilection. Vie contre mort, bonheur contre désespoir, amour contre rupture… la chanteuse propose à ses spectateurs un éventail de différentes élucubrations dans lesquelles ils peuvent—ou pas—choisir de la suivre. Dans une même chanson elle reste immobile, le regard austère dans une pénombre inquiétante, avant de s’élancer dans une danse déchainée. Il faut pouvoir la suivre Fishbach, ses concerts sont à vos risques et périls.

Des sons revisités et retravaillés

Si la formation présente sur scène change, les morceaux restent les mêmes : Fishbach chante toujours les succès de son premier disque, tout en laissant présager l’arrivée d’un deuxième album sous peu.

Toujours aussi appréciées du public, ses compositions sentent les années 80 à plein poumon. Synthés, guitares Rickenbacker à effet, mélodies composées de petites notes distinctes les unes des autres… Elle assume d’ailleurs pleinement ses influences : « Il y a un faux procès contre les années 80 depuis vingt ans, il faut leur foutre la paix », s’exclame-t-elle en rigolant. Elle est d’ailleurs loin d’être la seule à puiser dans l’univers musical qui ont vu grandir ses parents pour construire ses propres compositions : rien que chez Entreprise, Juniore ou Grand Blanc sont d’excellents exemples de cet anachronisme musical qui semble de plus en plus être la règle et non l’exception.

Il n’y a rien de moins étonnant, selon Fishbach, qui souligne que la musique a toujours été « un éternel recommencement ». Recommencement, peut-être, mais pas sans apporter une petite touche de modernité. « Je pense que dans les années 80 les mecs découvraient les effets, et ils en ont foutu partout », dit-elle en riant. C’est vrai que, même si sa guitare est armée de quelques pédales et que son ordinateur sur scène l’aide pour remplacer ses collègues musiciens, on ne peut pas accuser Fishbach d’abuser des modifications sonores.

Ni modifications sonores, ni modifications linguistiques d’ailleurs, puisqu’elle a décidé de chanter en français. « Quand je vois un groupe espagnol, je veux qu’ils chantent en Espagnol, estime-t-elle, quand tu ne chantes pas dans ta langue, tu ne chantes pas avec ta vraie voix ». Ça ne semble pas porter préjudice à sa carrière, elle qui tourne dans toute l’Europe et part aujourd’hui à l’assaut de l’Amérique du Nord.

Et pourtant, malgré son succès dans le monde musical, la chanteuse annonce vouloir faire une petite pause « pas de la musique, mais de tournée ». « Je suis quelqu’un qui aime toucher à tout; j’ai besoin d’apprendre des nouvelles choses sinon je m’ennuie », confie-t-elle. Ainsi, c’est vers le cinéma que se tourne Fishbach pour quelques temps. En effet, elle entame une carrière d’actrice dans le cadre d’un production de Canal + qui va adapter le roman Vernon Subutex de Virginie Despentes. Ceux qui souhaitent la voir en concert ont donc tout intérêt à se jeter sur les quelques dates à venir (Austin du 14 au 16 mars puis quelques dates en France cet été).

(crédit photos: Jacques Simon)

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