Enthousiaste et combatif, Alain Juppé mobilise ses troupes à Montréal

Par Camille Feireisen et Nathalie Simon-Clerc

Samedi 29 août, Alain Juppé a profité d’une mission économique bordelaise qui l’a conduit à Québec la semaine dernière, pour venir rencontrer à Montréal, ses partisans dans la cadre de la Primaire de la droite prévue en 2016. L’ancien montréalais a également rencontré le Premier ministre du Québec, Philippe Couillard, et renouvelé le jumelage entre Bordeaux et Québec, avec le maire Labeaume.

« Je veux faire table rase du passé! », explique Christophe Deschamps, responsable du Comité Agis pour la France au Canada, qui soutient la candidature d’Alain Juppé aux Primaires de la droite en 2016. L’UMP locale, devenue Les Républicains, s’entredéchire au rythme des élections locales et nationales depuis 2012. Christophe Deschamps veut tourner la page et accueillir tous ceux qui se sentent proches de l’ancien Premier ministre français, des Républicains à l’UDI. « Alain Juppé est un homme de rassemblement, il veut apaiser, rassembler et réformer », ajoute le responsable franco-canadien.

Alain Juppé et Christophe Deschamps, responsable de Agis pour le France au Canada
Alain Juppé et Christophe Deschamps, responsable de Agis pour la France au Canada

D’ailleurs, parmi la soixantaine de personnes présentes, François Lubrina, Virginie Beaudet et Philippe Armengau, élus consulaires à Montréal et Ottawa avaient fait le déplacement. Vincent Soumoy, ancien responsable de l’UMP locale, avait également répondu présent. Du côté des proches du député Frédéric Lefebvre, la visite montréalaise du premier Ministre de Jacques Chirac n’a pas été mobilisatrice. Le Comité compte déjà une quarantaine de partisans et, selon Christophe Deschamps, le nombre cesse de grossir.

Alain Juppé veut appuyer son action sur la confiance

« Au risque de vous surprendre je vais vous dire que je suis néanmoins résolument optimiste sur l’avenir de la France […], annonce M. Juppé. Notre pays a tous les atouts pour rebondir, nous avons une bonne croissance démographique […], nous sommes toujours la première destination touristique du monde, nous possédons des infrastructures de qualité et un esprit d’entrepreneuriat et d’innovation. »

Le candidat à la Primaire de la droite et du centre pour 2016 est apparu enthousiaste et combatif devant les quelque 60 personnes venues l’écouter. L’occasion pour lui de rappeler son attachement de cœur mais aussi politique, au Québec où il a vécu durant un an. « Je pense que nous avons dans le monde dans lequel nous vivons, entre le peuple de France et le peuple du Québec, des affinités profondes […] nous avons cette fraternité qui nous unit et qui s’incarne particulièrement dans ce bien commun extraordinaire qu’il nous faut défendre et qui est la langue française. Bravo de le défendre mieux que nous ! », plaisante-t-il. Visiblement à l’aise au sein de la communauté franco-montréalaise, M. Juppé n’a d’ailleurs pas tari de notes d’humour et d’autodérision tout au long de sa présentation.

Je suis un homme de droite pas sectaire

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Alain Juppé a ponctué son discours de notes d’humour

Après avoir brièvement énumérer la dette, le nombre de chômeurs et la croissance nulle de la France, M. Juppé a changé de ton pour appeler au rassemblement. Selon le candidat, seule une alternance politique permettrait de générer de la confiance. Rassembler, apaiser et réformer sont les maîtres mots de sa campagne. Il espère ainsi dépasser les traditionnels clivages entre les partis politiques. Pour ça, le général De Gaulle demeure son modèle et son allié. « Parfois on me demande si je suis un homme de gauche ou un homme de droite, remarque-t-il. Je suis un homme de droite. Un homme de droite pas sectaire. Et puis, après tout, est-ce que la droite et la gauche ça doit être le souci essentiel ? Souvenez-vous du général De Gaulle; la France ce n’est pas la droite, la France ce n‘est pas la gauche, la France, c’est tous les français. »

En référence à la conférence de Paris de 2015 sur le climat (COP21) qui se déroulera en décembre, M. Juppé croit que les partis politiques doivent s’engager à retrouver une croissance positive mais aussi plus sobre. « Moins de gaspillage, plus de recyclage et d’appui sur le numérique bref, une nouvelle croissance doit être inventée, déclare-t-il. Vous savez l’importance que j’attache au développement durable. Il paraît que c’est ici, au Québec, que j’ai acquis le virus. Il m’arrive, pour me moquer de moi-même, de dire que j’ai pourtant été le moins durable des ministres du développement durable ! »

« Tout se passe à l’école »

Le candidat a également répété ses volontés en matière d’éducation, fer de lance de sa campagne et sujet privilégié ces dernières semaines à la date de la sortie de son livre Mes chemins pour l’école, publié le 26 août. L’ancien premier ministre y livre des propositions-clés pour l’éducation, « mère de toutes les réformes ». S’il était élu président aux prochaines élections, M. Juppé assure ainsi que l’école serait sa priorité. « Tout se passe à l’école, rappelle-t-il. C’est là que nous forgeons la capacité de raisonnement de nos enfants, formons le jugement critique, transmettons des savoirs et les valeurs de la République. »

« L’Europe n’est pas une forteresse fermée »

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Damien Siles, directeur général du Quartier de l’Innovation de Montréal, était l’invité de la rencontre avec Alain Juppé

Quelques échanges entre le public et le candidat à la primaire ont suivi son allocution. L’occasion pour M. Juppé d’exposer ses idées en matière de politique internationale. L’un des conseillers au cabinet du chef de l’État congolais Denis Sassou-Nguesso, Jean-Paul Ounabakidi a interrogé M. Juppé sur sa politique africaine, s’il était élu président de la République. Alors que le président du Congo-Brazzaville a récemment attiré la colère de ses opposants en demandant un changement de la constitution, ces derniers ont demandé une position ferme de la France. « Quelle serait ma position ? Je ferai confiance aux Congolais, répond M. Juppé. Mon message sera très clair : on ne bricole pas les constitutions, les institutions, on les respecte et on ne les change pas pour des raisons de connivence personnelle. Cela fait partie du jeu démocratique. »

Pour M. Juppé, la France et l’Europe doivent en revanche s’allier davantage avec le continent africain. « J’ai la conviction que l’Afrique sera le grand pays émergent du 21ème siècle, affirme-t-il. Ce continent a un potentiel considérable, y compris en ressources humaines, or nous avons tout intérêt à ce que l’Afrique se développe. Relancer un grand projet eurafricain est dans leur intérêt mais aussi dans le nôtre. »

Quant aux flux migratoires et aux récents drames humains qui se déroulent en méditerranée, M. Juppé considère qu’il sera difficile d’arrêter des mouvements de population « tant qu’il y aura de la misère, des inégalités et des guerres ». Selon lui, l’Europe doit toutefois mieux contrôler ses frontières. « Je veux combattre l’idée que l’Europe est une forteresse fermée, souligne-t-il, mais il faut s’attaquer à la source du problème, il est nécessaire que la France contrôle ses frontières, comme c’est le cas au Canada, avec des quotas d’immigration. »

Bernard Landry, au nom de l’amitié

Le comité Agis pour la France au Canada, organisateur de la rencontre avec Alain Juppé
Le comité Agis pour la France au Canada, organisateur de la rencontre avec Alain Juppé

En marge de la mission économique bordelaise qu’il a menée à Québec, Alain Juppé a renouvelé l’entente de jumelage, vieille de 50 ans, entre Bordeaux et Québec. Un volet sportif, qui va favoriser le hockey et le soccer, a été ajouté. « Le maire Labeaume m’a fait visité son centre Vidéotron de fond en comble », s’amuse le maire de Bordeaux.

Il a également rencontré le Premier ministre du Québec, Philippe Couillard, avec lequel il s’était déjà entretenu à Bordeaux en mars dernier.

Parmi les partisans du maire de Bordeaux, un autre ancien Premier ministre du Québec avait fait le déplacement à l’hôtel Alt de Montréal. « Je souhaite profondément qu’Alain Juppé soit élu président de la République », assène Bernard Landry. L’ancien Premier ministre de la province a tissé des liens « durables et de qualité » avec l’ancien premier ministre français, lors de son « exil » en terre québécoise en 2005. Bernard Landry, qui a fait une partie de ses études à Sciences Po à Paris, revendique son attachement à la France et son amitié avec Alain Juppé. « Son élection serait une bonne chose pour la France et pour le Québec », assure l’intéressé.

Place des Français du Québec et des Français de l’étranger, Alain Juppé répond à l’Outarde Libérée :

(crédit photo : Nathalie Simon-Clerc)

4 Réponses

  1. Albert Ficher
    Albert Ficher at |

    L’événement a été organisé par une milice qui ne peut se revendiquer des Républicains. Il faut leur poser la question.
    En tout cas, c’était un bide, seulement 50 personnes présentes …

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    1. Jean Leloup
      Jean Leloup at |

      Une milice? Vous aviez là tout ce que la marée basse pouvait offrir en matière d’oursins, crabes et bigorneaux. Dommage de voir un si grand homme aussi mal entouré.

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      1. Juppépé
        Juppépé at |

        Un véritable arche de Noé 🙂

  2. DECLERCK Gérard
    DECLERCK Gérard at |

    Dommage que les Français d’ailleurs que Montréal aient été oubliés sur la liste des invités…Et particulièrement les anciens du RPF et la suite….

    À suivre…

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