En visite à Montréal, Hélène Conway-Mouret veut changer l’image des Français de l’étranger

Vendredi dernier, près de 120 personnes se sont pressées au bar de l’Union Française à Montréal, à l’invitation du Club Jean-Jaurès et de Français du monde, pour entendre la sénatrice Hélène Conway-Mouret, présenter son rapport sur les difficultés de ses compatriotes de l’étranger à rentrer en France. Au menu de la conférence, des questions très pratiques, sur le logement, l’affiliation à la sécurité sociale ou la recherche d’un emploi, et l’annonce d’un guichet électronique unique, dont la mise en place est imminente.

Un reportage de Léopoldine Frowein et Nathalie Simon-Clerc

«Les Français de l’étranger, un atout pour la France. Il ne s’agit pas d’une question mais bel et bien d’une affirmation», déclare Hélène Conway-Mouret, sénatrice des Français à l’étranger, qui veut mettre un terme à l’image ternie des Français de l’étranger. Arrivée du Japon avant de mettre les pieds à Montréal la semaine dernière, elle parcourt le monde pour répondre aux nombreuses préoccupations des Français de l’étranger qui envisagent un retour dans l’Hexagone. À Montréal, la moitié des personnes présentes projetaient un retour en France à court ou moyen terme, et ont posé de nombreuses questions pratiques.

La sénatrice a annoncé la mise en oeuvre imminentes de quelques unes de ses 49 propositions, formulées dans son rapport de juillet dernier.  Parmi elles, la mise en place d’un guichet internet unique, pour les Français de l’étranger candidats au retour. Calqué sur le modèle de mon.service-public.fr, le portail permettra de poser des questions pratiques en cas de retour en France, et donnera directement accès au service international de chaque administration française. La parlementaire précise que la plate-forme est en cours d’élaboration, et qu’elle sera rapidement opérationnelle. C’est le SGMAP, qui est en charge de cette plate-forme. De même, un guide au retour est en cours de rédaction par le Ministère des Affaires étrangères. Il balaiera tous les aspects pratiques d’un retour en France, et donnera les bonnes adresses.

« Redevenir français », un véritable «combat administratif»

ConwayLa sénatrice encourage les candidats au retour à se préparer depuis l’étranger. « C’est même un impératif si l’on ne veut pas arriver à destination sans emploi ni domicile fixe », assure-t-elle. Toutefois, pour la majorité des expatriés désireux de rentrer au pays, le retour s’apparente encore à un parcours du combattant. L’emploi, le logement ou encore l’assurance maladie et la scolarisation, représentent autant de sources d’inquiétude pour les Français de l’étranger, comme le révèlent les 7 000 témoignages recueillis par Hélène Conway-Mouret. Les deux principales problématiques décelées grâce aux multiples contributions sont l’absence d’une vision globale des démarches à entreprendre pour rentrer au pays ainsi que l’accès limité et trop souvent méconnu des documents administratifs produits par le pays d’accueil. Hélène Conway-Mouret propose des mesures de simplification afin de mieux préparer son arrivée en France. La sénatrice tient également à mettre en valeur les compétences acquises à l’étranger, en agissant auprès de Pôle Emploi, afin que cette expérience soit reconnue à sa juste valeur. Selon Marc Michaud, avocat franco-québécois, acteur du Club Jean-Jaurès : «Obtenir la sécurité sociale en moins de 48 heures, un logement, le droit au RSA … C’est possible. Il suffit de trouver et de sonner à la bonne porte».

Les expatriés français : des exilés fiscaux, des opportunistes ou encore des «jeunes en fuite, compressés par le modèle français»…. ?

Fréquemment qualifiés d’«exilés fiscaux» par leurs compatriotes de l’Hexagone, les Français de l’étranger sont souvent incompris et cibles d’une stigmatisation, selon la parlementaire. C’est pour cette raison que, ayant elle-même vécue en dehors de la France la majeure partie de sa vie, elle s’est vue confier la mission de briser les nombreux clichés concernant les expatriés. «Ma mission est de montrer aux Français de France que nous sommes capables de tout quitter et de rester Français », stipule l’ex-expatriée. Les 25 000 personnes rassemblées à Montréal en janvier dernier en soutien aux victimes de Charlie Hebdo, témoignent de la solidarité et de l’union des Français à l’étranger, tous porteurs des valeurs universelles de la République française, selon elle.

Ainsi, la sénatrice s’insurge. Non! Les Français, que ce soit les talents ou les élites du pays, ne fuient pas en réaction à des décisions politiques ou à des perspectives économiques durablement sombres. Bien au contraire, les jeunes et moins jeunes qui décident de quitter la France à plus ou moins long terme, sont poussés par le goût de l’aventure, au-delà de toute autre motivation, soutient la Sénatrice. Elle renchérit :  » S’expatrier, c’est sortir de sa zone de confort, se confronter à d’autres réalités, ouvrir les yeux sur soi, sur le monde et sur la France… Et non se la couler douce en regardant de loin les Français payer leurs impôts. »

Au lieu de déplorer le départ des Français pour l’étranger, la sénatrice propose de se concentrer sur la facilitation de leur retour : «Où qu’ils soient sur la planète les Français se sentent toujours des Français à part entière. Prouvons leur qu’ils ont raison en accompagnant aussi leur retour».

Un reportage de Nathalie Simon-Clerc et Léopoldine Frowein :

Télécharger le rapport d’Hélène Conway-Mouret : Le rapport complet

Les 49 propositions

(crédit photo : Nathalie Simon-Clerc – Légende photo de Une : de gauche à droite, Ramzi Sfeir, président du Club Jean-Jaurès, Marc Pajou, président de Français du Monde, Alice Cartier, vice-présidente de Français du monde, Hélène Conway-Mouret, sénatrice des Français de l’étranger, Yan Chantrel, conseiller à l’AFE pour le Canada, Marc Michaud, membre dirigeant du Club Jean-Jaurès)

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