« En guerre » sur les écrans du Québec aujourd’hui, pour comprendre la violence du conflit social en France

Le film « En guerre » de Stéphane Brizé, présenté au dernier Festival de Cannes, en sélection officielle, met en vedette Vincent Lindon dans le rôle de Laurent Amédéo, un syndicaliste prêt à tout pour sauver son emploi et celui de ses collègues face à une direction qui souhaite fermer leur entreprise. Récemment, les employés de l’usine Perrin Industrie avaient déjà négocié avec le pdg de lourds sacrifices financiers pour sauver l’entreprise et, aujourd’hui, malgré cette promesse et des bénéfices records, le même pdg veut fermer le site de l’usine. L’incompréhension et le conflit sont inévitables.

Par Pascal Eloy, journaliste culturel

Cette quatrième collaboration entre le cinéaste Stéphane Brizé et Vincent Lindon, a été tournée en vingt-trois jours avec, à l’exception de Vincent Lindon, des acteurs non-professionnels jouant leur propre rôle. « En guerre » dépeint donc, avec énergie et beaucoup de réalisme les combats politiques et syndicaux actuels où une colère nourrie par un sentiment d’humiliation et de désespoir révèle une violence et une disproportion colossale des forces en présence. Comme le dit Stéphane Brizé « Le cas de Perrin Industrie décrit dans le film, c’est Goodyear, Continental, Allia, Ecopla, Whirlpool, Seb, Seita, etc. Dans tous ces cas, les analyses des experts ont démontré l’absence de difficultés économiques ou l’absence de menace sur la compétitivité. (…) Je fais simplement le constat d’un système objectivement cohérent d’un point de vue boursier, mais tout aussi objectivement incohérent d’un point de vue humain»

Pour ce faire, avec Olivier Gorce, le réalisateur a rencontré énormément de gens pour comprendre les règles du jeu dans ce type de situation : des ouvriers, des DRH, des chefs d’entreprises et des avocats spécialisés dans la défense des salariés, mais aussi dans celle des intérêts des entreprises. Afin de ne pas opposer sommairement des discours dogmatiques, ils ont souhaité faire se confronter des points de vue radicalement différents avec un argumentaire solide et étayé, jusqu’à ce que, à un certain moment, des employés ne veulent plus ou ne peuvent plus poursuivre la lutte et décident d’accepter la fermeture de l’usine en échange d’un chèque proposé par la direction. Alors le conflit évolue et se complexifie en ajoutant une nouvelle et puissante dramaturgie à la situation.

Entre film et reportages télévisés

Tourné avec des plans très proches, avec parfois jusqu’à trois caméras en action, ce film est entrecoupé de reportages télévisés parce qu’il est, aujourd’hui, impossible d’évoquer ce type de conflits sans laisser une place importante aux médias. Mais opposer ou juxtaposer l’image du reportage et celle du cinéma permet également de mettre en évidence le décalage entre le compte-rendu présumé « objectif » d’une situation décrite dans les journaux télévisés, et la réalité des mécanismes en cours dans les coulisses d’un conflit. Comme le précise Stéphane Brizé, « Le reportage télévisé n’a pas le temps de la nuance, il ne peut que rapporter des faits avec quelques images ». Là encore, ce dilemme est patiemment construit et illustré dans le film.

De plus, même si le réalisateur a mis en évidence l’opposition de la bourse et de l’humain qui existe partout sur la planète, ce film demeure, quand même, très franco-français. Je ne suis pas convaincu que les Québécois le comprendront tant le système syndical français diffère de celui du Québec : ici, s’il existe un syndicat dans une entreprise, celui-ci est seul et tous les employés sont obligés d’y adhérer…. Or, en France, plusieurs syndicats peuvent exister dans la même entreprise, s’y opposer sur la façon de régler les conflits et les salariés sont libres d’être, ou non, syndiqués.

En conclusion, si ce film est un bon film, il demeure, néanmoins, violent, très violent, à cause de la tension qui règne durant ses presque deux heures entre tous les protagonistes. Il est impossible de le regarder sans retenir son souffle jusqu’à la dernière scène illustrant le malheur et la solitude que ces conflits peuvent générer. En cette période électorale, il serait intéressant que les partis et leur chef le visionnent car ils en retireraient probablement de la substance pour leurs programmes, parfois, un peu défaillants !

À l’affiche dès le 31 août, dans les salles du Québec

Visionnez la bande-annonce:

(crédit photo: Vincent Lindon dans « En guerre » de Stéphane Brizé © Nord Ouest Films)

 

Laisser un commentaire