Débat: Cette France que l’on décide de quitter ne semble pas quitter les Français de l’étranger

Alexandre Berkesse, enseignant de 31 ans à HEC Montréal, à Montréal depuis 2008, organisait mercredi dernier, au « Temps Libre » du Mile end, un débat autour du thème « Voteriez-vous dans votre pays d’origine si vous n’y viviez plus ? ». Invité pour co-animer la discussion, Yan Chantrel, Conseiller à l’Assemblée des Français de l’Étranger (AFE) et candidat aux prochaines élections législatives de la première circonscription des Français de l’étranger (Canada et USA), a entouré la dizaine de participants, français pour la grande majorité.

Par Cédrelle Eymard

« Le vote est un droit qui nous vient de notre citoyenneté française, déclare Sébastien, 36 ans, à Montréal depuis 5 ans. Nous sommes français, et par là-même légitimes pour voter et pour exprimer une opinion politique ». Cet avis, partagé par la plupart des participants, a néanmoins été nuancé par certains. « J’entends souvent des Français de France me dire que je n’ai pas de légitimité pour voter, n’étant plus sur le territoire », répond Grégory, 33 ans, à Montréal depuis cinq ans. « Vous ne savez pas ce qui se passe ici, me dit-on souvent, vous vivez loin, ça ne vous concerne pas ». Et pourtant, les Français de l’étranger ont vécu sur le sol français, ont eu l’expérience de la vie française. Sont-ils toujours légitimes pour le droit de vote ?

A l’étranger, je me suis reconnu Français avant tout, ça m’a rapproché de mon pays

« J’ai voté aux dernières élections municipales alors que je vivais à Londres, confie Maud, 27 ans, à Montréal depuis sept mois. J’ai vécu quatre ans à Londres et j’ai mis plus de deux ans à me sentir légitime pour voter. Je continue à voter aux élections locales françaises par procuration car j’ai un attachement profond à mon territoire d’origine (Nord-Pas-de-Calais), j’ai envie de voir ma région réussir. J’ai un droit de vote, je l’utilise », conclue-t-elle.

Ma fille vit à Paris, les derniers attentats, la vie, les années, c’est venu doucement me chercher et je suis désormais décidée à m’inscrire et à voter

Effectivement, si l’éloignement géographique met en ballottage le droit des Français de l’étranger, il est aussi vecteur d’un attachement profond au sentiment de se sentir français et concerné. « Je suis arrivée il y a quatre ans environ et je ne suis pas inscrite sur les listes électorales, révèle Valérie, 53 ans. Mais avec les années, poursuit-elle, c’est venu me chercher. Ma fille vit à Paris, les derniers attentats, la vie, les années, c’est venu doucement me chercher et je suis désormais décidée à m’inscrire et à voter ».

« L’expérience d’être à l’étranger est pertinente car elle nous permet de voir les choses qu’en France on ne voyait pas, déclare Laurent, 25 ans. A l’étranger, on s’intéresse de manière différente, on reconnaît la chance d’être Français de France. A l’étranger, je me suis reconnu Français avant tout, ça m’a rapproché de mon pays ». Cette France que l’on décide de quitter ne semble pas quitter les Français de l’étranger. Plus encore, elle se révèle à eux, avec la distance.

Les droits des Français de l’étranger

Alexandre Berkesse, organisateur du débat

« Pourquoi voter lorsqu’on réside à l’étranger? ». Pour exprimer une opinion politique? Pour défendre les droits des Français de France? Et pourquoi pas pour défendre ses propres droits comme Français de l’étranger? Sachant que la représentativité de cette catégorie de citoyens français n’existe que depuis peu, les députés des Français de l’étranger, voulus par Nicolas Sarkozy, ont été créés en 2012. « Nous devons avoir un certain recul sur le rôle de ces députés, confie Yan Chantrel, pour qui la citoyenneté ne se limite pas à un territoire. La France possède un système représentatif très poussé, il faut s’en réjouir ». Si l’on estime à 2,5 millions le nombre réel des Français vivant à l’étranger, ils représentent une population réelle et importante. Leur accorder un représentant, c’est leur signifier l’importance de leur existence et la possibilité de défendre leurs droits en tant que Français. Enfin, leur donner la possibilité de voter pour un pays qu’ils ont quitté, c’est aussi les inclure dans le peuple français, « un et indivisible ».

Si vous souhaitez participer aux prochaines élections françaises, n’oubliez pas de vous inscrire, en ligne, sur les listes électorales consulaires avant le 31 décembre :
www.service-public.fr/particuliers/vosdroits/F33307
www.consulfrance-montreal.org/Pour-voter-en-2017-a-l-etranger
www.consulfrance-montreal.org/Mon-inscription-au-consulat-se-2585

 

 

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