De Van Gogh à Kandinsky : éblouissant !

Par Sarah Laou

photo : Wassily Kandinsky, Russe, actif en Allemagne et en France, 1866 – 1944 - Arabes I. (Cimetiere) (Arabischer Friedhof), 1909, Huile sur carton, 71,5 × 98 cm, Hamburger Kunsthalle, Photo bpk, Berlin / Hamburger Kunsthalle, Hamburg / Art Resource, NY

Ravissement pour les yeux et pour l’esprit, l’exposition De Van Gogh à Kandinsky au musée des beaux-arts de Montréal est le succès incontestable de cette fin d’année 2014. Si vous n’avez pas encore eu l’occasion de vous y rendre, il vous reste jusqu’au 25 janvier pour aller admirer cette collection exceptionnelle réunissant les plus grands noms de la peinture néo-impressionniste et expressionniste du début du XXe siècle.

Gauguin, Cézanne, Matisse, Van Gogh, Kirchner, Delaunay, Kandinsky…, les maîtres de l’avant-garde européenne s’exposent avec panache dans le pavillon Jean-Noël Desmarais du musée des beaux-arts de Montréal, depuis le 11 octobre dernier. L’importante collection, qui rassemble des œuvres inestimables provenant d’une soixantaine de prêteurs issus de dix pays différents, propose une rétrospective sur l’émergence de l’expressionnisme en France et en Allemagne, entre 1900 et 1914. Alors que cette Europe cosmopolite de la fin XIXe est en pleine effervescence créatrice, se dessinent en filigrane les affres de la Première Guerre mondiale.

Une exposition d’envergure
À l’initiative de Timothy O. Benson, conservateur du Robert Gore Rifkind Center for German Expressionist Studies au Los Angeles County Museum of Art (LACMA), cette exposition, présentée dans un premier temps à Zürich et à Los Angeles, lève le voile sur la complexité des influences interculturelles durant cette période d’avant-guerre. Anne Grace, conservatrice de l’art moderne au Musée des beaux-arts de Montréal et commissaire de l’exposition De Van Gogh à Kandinsky, avec la collaboration de Gilles Saucier, designer architectural, a spécifiquement tenu à apporter une scénographie originale à la présentation montréalaise de la collection.
Avec une fréquentation d’environ 2 000 personnes par jour depuis début octobre, l’exposition est un franc succès.

Anne Grace, heureuse de l’engouement suscité par l‘exposition, apporte son éclairage :
« Les prêts que nous avons réussi à obtenir sont extrêmement compétitifs dans le milieu de l’art et cela renforce l’attrait du public. Tous ces chefs d’œuvre réunis, c’est exceptionnel. D’ailleurs, beaucoup de ces prêts sont américains, et certaines œuvres françaises n’ont pas été montrées en France depuis 1914. C’est aussi une façon de commémorer le centenaire de la Première Guerre, poursuit-elle, car à travers cette exposition nous rappelons à quel point on ne peut dissocier cette période de guerre avec le bouillonnement créatif de ces artistes.»

Une occasion unique pour les visiteurs, qui affluent chaque jour plus nombreux selon Anne Grace, de redécouvrir ces illustres peintres dans un contexte historique saisissant.

Visite aux confins de l’Histoire et de l’imaginaire

Avant que ne surgisse la couleur, l’exposition s’ouvre sur une petite salle immersive aux tonalités noires, grises,  et blanches : Paris, 1900, accueille le monde lors de l’Exposition universelle au Grand Palais. C’est une véritable incursion dans le temps en guise de préambule. Le spectateur consulte des documents d’archives, contemple des photos-souvenirs, des esquisses d’époque, s’arrête devant la projection de l’œuvre documentaire de Thomas Edison, tandis qu’une gigantesque horloge au tic-tac sonore accompagne sa progression à travers l’Histoire.

La première salle abritant la collection s’offre enfin, lumineuse, vaste, éclatante, colorée. Elle présente des tableaux de l’avant-garde européenne ayant appartenu aux collectionneurs allemands du début des années 1900. En effet, l’Allemagne, premier collectionneur d’art français de l’époque, organise de multiples expositions où les cercles d’artistes animés par un renouveau pictural se croisent et s’influencent.

Au fil des toiles, le spectateur assiste à la naissance de l’expressionnisme porté par les travaux majeurs de Van Gogh. L’intensité vibratoire émotionnelle des œuvres prime désormais sur les apparences et la technique académique. Et, voici venu le temps des fauves, des cubistes et de l’abstraction : Picasso, Klee, Munch, Jawlensky, Derain, Marc, de Vlaminck, Dufy, Braque, c’est une véritable explosion de couleurs et de sensations.

Dans les dernières salles de l’exposition, l’éclairage diminue pour rappeler l’ombre de la guerre qui progresse. Et les nombreux spectateurs, qui s’attardent devant chaque oeuvre avec cérémonie, paraissent partager une admiration commune devant ces tableaux qui expriment la vitalité avec force et beauté.

La visite s’achève sur une note historique. Retour au noir et blanc et aux photos d’époque : Paris, 1916, le Grand Palais s’est transformé en hôpital pour mutilés de guerre.  Les artistes, eux, posent dans leur tenue de soldat. Ces clichés racontent une tout autre histoire, celle de la Grande Guerre, dont certains artistes, comme Franz Marc, ne reviendront jamais.

De l’intemporalité de l’art

Ces peintres, dont les œuvres traversent encore les époques, ont été les porte-flambeaux d’une esthétique nouvelle dans un monde voué à l’impermanence. Cet art, qui sera qualifié plus tard de « dégénéré » sous l’Allemagne nazie, a placé l’intériorité et l’expression subjective au cœur de toutes ses préoccupations. Affranchi des normes et de la reproduction du réel, ce mouvement pictural devient alors une échappatoire à la guerre.  Car si les corps tombent, les œuvres, elles, demeurent immortelles.

DE VAN GOGH À KANDINSKY
 De l’impressionnisme à l’expressionnisme, 1900-1914.
 Du 11 octobre 2014 au 25 janvier 2015 au Musée des beaux-arts de Montréal
Réservations en ligne sur le site du mbam : https://www.mbam.qc.ca/achats-en-ligne/billets-dexpositions/de-van-gogh-a-kandinsky/1092/

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