Dans les coulisses d’un navire militaire français

Du 10 au 15 octobre, un navire flambant neuf de la marine française, baptisé Garonne, mouillait quai des Convoyeurs à Montréal. Le capitaine de corvette, Stéphane Congues, nous a ouvert les écoutilles de son bâtiment de soutien et d’assistance métropolitain (BSAM).

Texte et photo par Romain Lambic

Le capitaine de corvette du Garonne, Stéphane Congues

C’est dans le cadre d’une mission d’essais que le Garonne s’est amarré au Vieux Port de Montréal. Il s’agit d’un navire militaire français flambant neuf, spécialisé dans le soutien logistique et l’assistance en mer, qui n’a pas vocation à être en première ligne en cas de conflit. « Nous sommes partis de Brest le 7 septembre pour une mission de trois mois, dite déploiement de longue durée. Concrètement, il s’agit de la dernière phase d’armement du bateau, avant sa mise en service. Le Garonne est récent, il a été mis à l’eau le 5 novembre 2018, puis a été livré à la Marine française le 4 juillet dernier », souligne le capitaine de corvette Stéphane Congues. Il est le tout premier capitaine du navire et son équipage l’a vu naître et faire ses premiers pas en mer. « La présente mission nous permet de vérifier les capacités du bateau dans des environnements extrêmes et variés. Le premier volet de notre mission était de naviguer dans les eaux froides de l’Arctique, en passant par les Îles Féroé, l’Islande, le Groenland et le Canada ». Pourquoi voguer en Atlantique Nord et dans l’Arctique ? Cette région représente un enjeu futur de taille, avec notamment l’ouverture des routes commerciales due à la fonte des glaces. L’objectif est également de se préparer à secourir les ressortissants français de ces régions (civils, militaires ou scientifiques) en cas de problème majeur.

Un voyage initiatique entre eaux froides et eaux chaudes

Avant de partir plus au sud, le Garonne a fait une escale du 10 au 15 octobre au quai des Convoyeurs, à Montréal. « Le deuxième volet de notre mission consiste à tester le navire dans les eaux chaudes du sud, entre les Etats-Unis et les Caraïbes. Le retour en France est prévu pour le 6 décembre », souligne Stéphane Congues. Le capitaine de corvette nous a ouvert les écoutilles de son navire, qui n’a presque aucun secret à cacher. Il nous a également détaillé la palette de mission que le Garonne peut être amené à réaliser. « Les missions principales du bateau sont l’assistance et le secours. Il peut assister des navires dans le rail d’Ouessant, au large de Brest, il peut remorquer de plus gros navires que lui, il peut lutter contre les incendies sur d’autres bateaux et assurer des opérations anti-pollution », souligne Stéphane Congues. Sur ce dernier aspect, le Garonne est équipé d’un système de barrage flottant permettant de récupérer du fioul lourd en mer, pour ainsi limiter les marées noires.

Capable de tracter le porte-avion Charles de Gaulle

Le bateau mesure 60 mètres de long et 16 mètres de large, il pèse 3 000 tonnes à charge et peut embarquer jusqu’à 32 personnes à son bord. Sa plateforme de 250 m2, située à l’arrière, permet d’embarquer tout le nécessaire pour des missions de transport de matériels de rechange, d’équipements pour les forces spéciales, de plongée, ainsi que des drones de surveillance militaire. Le bateau est doté d’une grue capable de transporter jusqu’à 21 tonnes de charge. Toujours à l’arrière du bateau, « nous sommes équipés d’un câble de remorquage de 1 500 mètres de long et de 60 millimètres de diamètre, pour une capacité de traction au point fixe de 80 tonnes. Ce qui lui permet de tracter le porte-avion Charles-de-Gaulle (qui pèse 45 000 tonnes) à une vitesse de 5 nœuds, y compris dans une mer déchaînée », indique Stéphane Congues. Un deuxième câble de travail permet d’assurer les missions basiques du Garonne, comme le ramassage des ancres et la mise à l’eau de bouées ou de coffres de mouillage.

Autonomie maximale de 45 jours

Sa vitesse de croisière – ou économique – est de 11 à 12 nœuds (entre 20 et 22 km/h), sa vitesse maximale est de 15 nœuds (plus de 27 km/h). Il a une autonomie en gazole de 5 000 mille nautique (plus de 9 000 km). « En raison de son rôle d’assistance, plus de la moitié de nos réserves en carburant est destinée au ravitaillement d’autres navires. Nous pourrions très bien puiser dans cette ressource pour prolonger l’autonomie du Garonne, jusqu’à 45 jours sans se ravitailler en carburant, un mois sans répprovisionnement en nourriture », précise le capitaine de corvette. Le navire est également capable de pomper l’eau de mer pour remplir ses réservoirs pour la lutte contre les incendies, ainsi que pour produire sa propre eau potable – jusqu’à 10 000 litres – grâce à un système de filtration situé au niveau de la salle des machines.

Enfin, le Garonne « dépasse » les normes environnementales françaises en vigueur dans le domaine de la navigation. Pour éviter de polluer les océans par le dégazage, « le navire est doté d’une installation qui permet de rejeter de l’eau presque claire. Le gazole, l’huile ou les produits nettoyants sont filtrés. Nous sommes également équipés d’un système de traitement des eaux usées », complète Stéphane Congues. Le navire n’a pas vocation à participer aux combats dans les zones de conflits, il n’est équipé que de deux mitrailleuses pour sa défense.

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