Les créateurs des Jokes de Papa souhaitent développer le YouTube québécois

Kevin Marquis et Andrew Tchernilevskii sont des youtubeurs québécois, qui axent leurs vidéos sur l’humour avec la chaîne Gaboom Films. Ils étaient de passage à Paris et à Cannes (pour le festival des jeux de société) en février pour promouvoir leur jeu, Jokes de Papa, inspiré d’un format de vidéo ayant généré des millions de vues. Ils souhaitent que le Youtube québécois puisse se développer, tant au Canada que dans l’Europe francophone.

Entrevue recueillie à Paris par Romain Lambic

L’Outarde Libérée: Depuis combien de temps faites-vous des vidéos ?

Andrew : Ça fait 6 ou 7 ans que nous faisons des vidéos. Sur Youtube, nous avions une chaîne en anglais, avant de lancer en 2013 notre chaîne francophone. La régularité de nos publications nous a aidé à développer notre audience (ndlr : Gaboom Films a plus de 200 000 abonnés sur Youtube).

Kevin : Nous avons toujours fait de la vidéo. Pour ma part, je produisais des vidéos pour des entreprises, des événements, des mariages… des choses qui demandent un travail assez sérieux. Avec Gaboom Films, c’est le côté fou qui parle. Aujourd’hui, nous nous consacrons pleinement à notre chaîne et à notre jeu.

L’OL: Vous avez fait des millions de vues avec les Jokes de Papa, comment avez-vous géré ce phénomène?

Kevin : Au début de l’été 2017, nous avions environ 7 000 abonnés. Puis, deux mois après le lancement des vidéos Jokes de Papa (Jokes de Papa 2 – GaboomFilms VS Le Jeu, c’est Sérieux), nous avons atteint 100 000 puis 200 000 abonnés. Nous avions déjà eu l’expérience de voir l’une de nos vidéos devenir virale et qui avait surtout fonctionné au Québec. Nous avions parodié des italiens d’un quartier de Montréal. Tout le monde a partagé cette vidéo, qui a du faire plus de 10 millions de vues. Toutes les pages Facebook partageaient cette vidéo, mais nous n’avions pas pu profiter de cette vague. Quand nous avons vu le succès des Jokes de Papa, nous avons saisi l’occasion, nous en avons fait une série et avions même déjà prévu de créer un jeu de société sur ce concept. C’est là que Randolph, distributeur québécois de jeux, nous a embauché.

Andrew : La version de base du jeu a été travaillée en très peu de temps, Randolph voulait que le jeu soit vendu dès la fin de l’année. Nous avons écrit 1 200 blagues, ce fut un énorme travail, il fallait avancer rapidement. Ce fut assez épuisant, nous ne dormions pas parfois. C’était une phase difficile.

Kevin : Avec le succès des Jokes, nous avons découvert l’insomnie. Pour la création des blagues, nous nous sommes assurés que d’un point de vue juridique elles n’appartenaient pas déjà à quelqu’un. On s’est mis à piger, on en a créé quelques unes, mais la majorité des blagues étaient sur Internet et faisaient partie du folklore.

Andrew : Randolph avait lancé L’Osti d’Jeu, qui consiste en des combinaisons de cartes pouvant être drôles, il a été créé en partie par le public qui soumettait des idées de phrases. Ce fut pareil avec les Jokes de Papa, beaucoup de monde nous a envoyé leurs blagues, la communauté a, en quelque sorte, créé le jeu. Nous réfléchissons déjà à de futures extensions, nous créons nos propres blagues maintenant que nous avons plus de temps. 

Kevin : Une version française a été créée en parallèle du jeu original, pour le public francophone européen (France, Suisse, Belgique), distribué par Gigamic. Comme il y a des expressions, des tournures de phrases et des jeux de mots différents, il a fallu traduire une partie des blagues. Heureusement, il y en a plein que les français comprennent déjà, c’est pour ça que les vidéos Jokes de Papa ont fonctionné ici. Quand nous avons commencé notre aventure sur Youtube, on ne s’attendait pas à devenir des créateurs de jeu de société. 

L’OL: Quelles sont les différences entre votre audience au Québec et en France ?

Andrew : Sur les réseaux sociaux, nous avons remarqué que les Français sont davantage sur Youtube et Twitter, alors qu’au Québec (comme ailleurs en Amérique du Nord), nous utilisons plutôt Facebook.

Kevin : Nous avons un peu plus de 200 000 abonnés sur Facebook et sur Youtube, avec des Français bien plus présents sur ce dernier et, à l’inverse, plus de Québécois sur Facebook. Nous avons remarqué une chose aussi d’un point de vue physique. À Montréal, les gens qui nous approchent, pour prendre des photos et nous serrer la main, ont souvent l’accent français. Mais les québécois, ils vont nous reconnaître, nous regarder, se retourner, on les entend de loin regarder nos vidéos et jamais ils vont venir nous voir (rires).

Andrew : Les canadiens sont plus réservés, contrairement en France ou aux États-Unis. Chez nous, une star américaine qui marche dans la rue ne va pas forcément être dérangée. Les gens vont la regarder de loin. 

Kevin : En dehors de la préparation d’une nouvelle vidéo (Meanwhile à Paris) et de la promotion du jeu à Paris ces derniers jours, nous ne sommes pas beaucoup sorti, mais quelques couples nous ont reconnu, un vendeur d’un magasin de jeu nous a dit que notre jeu se vendait bien et voulait prendre une photo avec nous. Les personnes qui voulaient se prendre en photo avec nous étaient assez polies. 

Andrew : Une des seules fois où Mahdi Ba est venu en France, alors qu’il avait à peine 100 000 abonnés, il devait se cacher le visage et avoir quelqu’un avec lui pour se protéger, on n’a pas l’habitude de ça au Canada.

« Faire connaître les youtubeurs québécois en France »

L’OL: Quels sont vos projets ?

Andrew : Nous essayons de développer un nouveau concept, Les Enquêteurs du Web 2.0, il y a eu plusieurs changements la veille du tournage mais on a pu le faire finalement, c’est quelque chose que nous aimerions refaire et améliorer.

Kevin : Le premier vidéaste que nous avons invité pour cette vidéo, c’est Thomas Gauthier, qui a de bons liens avec les français. Avec cette série, nous voulons faire connaître le Youtube québécois, notamment en France, et contribuer à l’amélioration de la qualité des vidéos québécoises. Nous voulons montrer que nous sommes capables de faire ce qui se fait ailleurs. Nous aimerions créer des liens avec les français. 

L’OL: Quelles sont les différences entre le Youtube québécois et français ?

Andrew : Les Français ont de très grosses chaînes Youtube, quelques-unes ont connu une certaine notoriété grâce à la télévision (comme Studio Bagel) et ont du budget, beaucoup de qualité. Au Québec, comme il n’y a pas autant de budget, nous devons réaliser des vidéos avec nos propres moyens.

Kevin : En France, les entreprises ont compris que les Youtubeurs peuvent avoir une forte influence sur une certaine partie de la population, des entreprises mettent de l’argent pour promouvoir leurs produits ou services. Au Québec, le travail est à faire.

Andrew : Pour que nous puissions vivre de ce que nous faisons, pour pouvoir produire des vidéos toutes les semaines, il faut en avoir les moyens. Mais d’un autre côté, le Québec est moins peuplé, c’est donc plus difficile d’atteindre un grand nombre d’abonnés. Les seuls qui atteignent ces chiffres-là sont Nabil ‘Aiekillu’ Lahrech (1,4 millions d’abonnés) et Mahdi Ba (676 000 abonnés), mais l’essentiel de leur audience est française. 

(crédit photo: Romain Lambic)

En savoir plus:

La chaîne GaboomFilms: 

www.youtube.com/channel/UC8Boqzo6zcCza64_kOmr6yg

Les jokes de Papa: 

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