Covid-19 : Comment le Café Chat l’Heureux fait face

Clément Marty, fondateur et propriétaire du Café Chat l’Heureux, situé sur l’avenue Duluth, n’accueille plus de clients depuis plus de 50 jours. Comment le café du français survit à la crise, et comment se portent ses chats dans ce lieu temporairement déserté?

Clément Marty, entrepreneur français bien entouré – Gracieuseté

Depuis le 18 mars, le Café Chat l’Heureux, comme tous les cafés et restaurants de Montréal, a été contraint de fermer temporairement ses portes pour faire face à la crise sanitaire de la Covid-19. Sans pour autant paniquer, le propriétaire français du café, Clément Marty, a eu quelques inquiétudes pour son commerce, ses chats et ses employés. Mais les aides fédérales pour surmonter la crise l’ont rassuré: « toutes les aides que nous avons en ce moment, tant au niveau personnel que commercial, font beaucoup de bien », confie-t-il. La fermeture temporaire forcée du café a poussé Clément Marty a réorganiser son quotidien, de prendre le temps de s’occuper de projets personnels mis de côté depuis quelques années, tout en prenant soin de ses compagnons à quatre pattes. « Nous avons essayé de limiter les pertes la première semaine en donnant un peu de nourriture, en vendant des petits paniers. Nous avons aussi essayé la vente à emporter, mais notre carte ne s’y prête pas », souligne le propriétaire provençal.

Le bien-être des chats, avant tout

Le bien-être des chats est la priorité numéro une pour Clément Marty, qui s’est hâté de mettre en place une nouvelle routine pour ses compagnons et compenser l’absence soudaine des clients. « Pour les chats, n’importe quel changement dans leur routine peut être stressant, ça va changer leur territorialité, cela peut créer quelques conflits entre eux », note le propriétaire du Café Chat l’Heureux. La mise en place de cette nouvelle routine a permis aux petits pensionnaires du café de prendre de nouvelles habitudes, les conflits s’étant apaisés d’eux-mêmes avec le temps. « Je dois venir plusieurs heures tous les jours au café pour voir les chats, faire les litières, les nourrir, jouer avec eux, les entraîner, c’est primordial », insiste l’amoureux des chats. « Tout le temps que je passe ici, je le passe pour eux ».

La réouverture du Café Chat l’Heureux et le retour des clients perturbera de nouveau la routine des chats, mais cette fois-ci, positivement. « Ils vont être contents quand les gens vont revenir. Pendant les premiers jours, ce n’est pas impossible qu’ils demandent beaucoup à être flattés. Ce sera une stimulation positive supplémentaire pour eux », se réjouit Clément Marty. En attendant la réouverture, le propriétaire rassure les habitués et les fans du café en publiant quotidiennement des photos et vidéos sur sa page Facebook.

Comment préparer le déconfinement

Pendant encore environ un mois, le Café Chat l’Heureux doit rester fermé. Même si financièrement, la crise commence à se faire ressentir, « le café n’est pas en péril », assure Clément Marty, qui a tout de même mis en place une cagnotte en ligne pour les personnes voulant le soutenir. Cette période de confinement permet également à l’entrepreneur de réfléchir à l’avenir de son commerce, à plus ou moins long terme. Il envisage notamment de réaménager l’espace, de faire en sorte qu’il puisse y avoir une entrée et une sortie définies. « Nous allons essayer de nous ajuster pour rester créatif et offrir une expérience encore plus unique », espère Clément Marty, tout en assurant la sécurité des clients et des employés. Une boutique de vente à emporter devrait également voir le jour, pour proposer des desserts, des boissons et des produits pour animaux. En fonction de la situation, un système de réservation des places pourrait également être instauré lors de la réouverture du café, même si ce n’est pas une solution idéale pour Clément Marty.

Le programme d’adoption en pause

En janvier 2015, quelques mois après son ouverture, le Café Chat l’Heureux a lancé un programme d’adoption en partenariat avec le refuge Proanima. La plupart des chats concernés viennent de la rue et ont besoin de socialisation avant de trouver une famille. « Quand ils arrivent au café, nous nous assurons que les chats sont vaccinés, stérilisés et en bonne santé. Depuis cinq ans, nous approchons de la centaine de chats adoptés. Nous privilégions l’adoption responsable, c’est important que les gens puissent passer du temps avec l’animal au café pour apprendre à le connaître et à l’aimer. C’est un projet social qui me tient à cœur », souligne Clément Marty. Les frais d’adoption sont intégralement reversés au refuge Proanima, mais le passage pendant quelques temps des chatons apporte une image très positive pour le Café Chat l’Heureux. Avec la Covid-19 et la fermeture forcée du café, le programme d’adoption est en pause. « Nous allons attendre de réouvrir avant de recevoir les prochains chats », poursuit le propriétaire.

Créer un concept, un défi pour un expat

Originaire du sud-est de la France, Clément Marty a fait ses études à Nice avant de les poursuivre au Saguenay puis de s’installer définitivement au Québec. C’est à l’occasion de l’un de ses nombreux voyages que le français a découvert en Corée du Sud le concept de café des chats. Finalement, il décide de monter son projet en 2013 et lancé une campagne de socio-financement sur Indiegogo en janvier 2014. Après avoir récolté 42 000 dollars et avec l’aide de la Banque de Développement du Canada, il ouvre enfin le Café Chat l’Heureux à l’été 2014, le premier en Amérique du Nord (si l’on ne compte pas le café des chats éphémère ouvert par Purina à New-York quelques mois plus tôt). Pour lancer son commerce et son concept, c’était un véritable défi en tant qu’expatrié, surtout sans réseau sur place. « Les banques ou le ministère ne me prenaient pas vraiment au sérieux quand je présentais mon projet pour la première fois. La cagnotte en ligne m’a permis d’avoir une crédibilité, surtout en tant que jeune émigré de moins de 30 ans », se souvient Clément Marty, qui avait fait à l’époque quelques plateaux radio et télévisés. Aujourd’hui, l’entrepreneur – qui est également président de l’Association des commerçants de l’avenue Duluth – est serein quant à la viabilité du Café Chat l’Heureux, « l’investissement d’une vie ».

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