Conseiller consulaire, une fonction « purement consultative » pour Philippe Molitor

Élu depuis deux ans au poste de conseiller consulaire à Montréal, Philippe Molitor est un homme engagé, dont le cœur est résolument à gauche. Mais si sa liste « l’Humain d’abord » portait bien des ambitions en début de mandat, il demeure difficile d’avoir une véritable influence politique.

Par Pascaline David

Journaliste de formation, Philippe Molitor est aujourd’hui directeur des communications Marketing pour les marchés Affaires de TELUS, et depuis deux ans conseiller consulaire à Montréal. Hyper polyglotte et passionné de voyages, c’est à Montréal qu’il a choisi de s’installer il y a 13 ans. « J’avais l’intuition que la qualité de vie était bien meilleure qu’à Paris, avec une autre manière d’envisager les rapports humains dans le travail » explique-t-il.

Élu conseiller consulaire à l’âge de 48 ans en 2014, avec la liste Front de Gauche « L’Humain d’abord », Philippe Molitor n’a jamais été un candidat de « profession » puisque ces élections étaient les premières auxquelles il s’est jamais présenté. Mais, déjà jeune journaliste, son cœur était à gauche. « J’ai eu la chance de faire une entrevue avec Mitterrand durant la première cohabitation, raconte-t-il. Je nourrissais une sorte de fascination pour ce personnage et ce qu’il a fait durant les 2 premières années de son mandat. » Il adhère alors au Parti Socialiste en 1985 et milite pendant de nombreuses années à Cherbourg, dans le département de la Manche.

Philippe Molitor lors de la dernière campagne électorale des Élections Consulaires - Crédit : Rozenn Nicolle
Philippe Molitor lors de la dernière campagne électorale des Élections Consulaires – Crédit : Rozenn Nicolle

« Puis, je me suis rendu compte que ce parti qui promettait de changer le monde, voulait avant tout mettre en place les conditions de sa réélection», révèle le conseiller. Il a fini par rejoindre le front de gauche, en 2012. Avec sa liste « L’Humain d’abord » créée lors des élections consulaires en 2012, Philippe Molitor a voulu offrir une alternative à l’abstention, pour les gens de gauche qui ne se reconnaissent pas dans le gouvernement de Hollande.

« Je ne voterai plus jamais pour Hollande ». Si Philippe Molitor a cru aux promesses de François Hollande en 2012 qui jurait que son « seul ennemi était la finance », il ne redonnera pas son vote au parti socialiste en 2017. «Nous nous sommes fait avoir sur toute la ligne, le gouvernement actuel exerce une politique de centre droit avec un programme à l’inverse de ce qui a été promis. »

Philippe Molitor a rejoint Les insoumis, le groupe soutien local à Mélenchon, car il est le seul candidat clairement à gauche puisque le PS a plus d’accointances avec le patronat qu’avec les travailleurs, selon lui. « Je pense que nos vies valent plus que leurs profits » affirme M. Molitor.

 Intentions, vœux, recommandations, oui. Cogestion ? Non 

Depuis le début de son mandat, Philippe Molitor n’est cependant pas à même d’apporter le changement désiré. « Je dois dire clairement aux lecteurs de L’Outarde que depuis deux ans, leurs élus au conseil consulaire n’ont pas changé la vie des français à l’étranger» dévoile-t-il. Lorsque les postes de conseillers consulaires ont été créés en 2014, son équipe  et lui étaient prêts à s’engager pour aider la communauté française de Montréal. La ministre représentant les français de l’étranger à l’époque, Hélène Conway-Mouret, avait annoncé que l’esprit du poste résidait dans l’idée de cogestion entre l’administration centrale et le conseil consulaire.

« Malheureusement, force est de constater que le poste de conseiller consulaire est purement consultatif, car nous avons extrêmement peu de marge de manœuvre pour faire une différence dans la vie des gens» dévoile Philippe Molitor.

crédit photo : Toma Iczkovits
Philippe Molitor reçoit Jean-Luc Mélenchon à Montréal en avril 2016 – crédit photo : Toma Iczkovits

Par exemple, la gestion quotidienne des fonds alloués aux français est la responsabilité du ministère des affaires étrangères et du consulat général. Toutes les enveloppes budgétaires sont verrouillées et contrôlées. « C’est comme si on était dans un conseil général et le préfet qui nous disait quoi faire, donc qu’on avait seulement une voix consultative et définitivement pas une co-gestion » ajoute-t-il.

Selon Philippe Molitor, la réalité des français sur le terrain n’est pas prise en compte. Depuis l’arrivée de François Hollande, ont eu lieu des coupes sévères dans l’éducation des français à l’étranger alors qu’il y a de plus en plus d’expatriés. « C’est aveugle de penser que leurs besoins, pour de l’aide sociale ou des bourses scolaires, n’augmentent pas » s’indigne l’élu.

Le travail de l’équipe consulaire est donc bien limité dans le cadre budgétaire et l’administration des fonds. « On nous rappelle, de manière transparente bien sûr, que ce sera toujours le conseil national des bourses qui aura le dernier mot par exemple, peu importe nos recommandations » lâche-t-il.

Des « courroies de transmission »

« La fonction est ce que vous en ferez ; voilà ce qui nous a été dit au moment de l’entrée en poste, déclare Philippe Molitor. Je veux bien, mais il faut nous donner les moyens de le faire. » Pour lui, beaucoup de fonctionnaires du ministère des Affaires étrangères veulent protéger leurs prérogatives, leurs intérêts en tant que diplomates, et ont ainsi mis des balises pour éviter que les élus consulaires aient trop de pouvoir.

« Nous sommes surtout des courroies de transmission de l’information, et éclairons les citoyens sur les possibilités qui leur sont offertes, affirme le conseiller consulaire. Par exemple, certains français du Canada ignorent que des bourses scolaires sont offertes par l’État. » Il s’agit également d’informer efficacement sur les possibilités d’aide sociale pour les personnes handicapées, les anciens combattant, les personnes d’extrême nécessité.

S’il avait plus de pouvoir, Philippe Molitor rendrait les aides sociales plus justes. « Il est faux de croire que tous les français qui s’installent ici sont nantis, indique-t-il. On voit des situations de grande détresse financière, une minorité qui souffre en silence. » Pour le conseiller consulaire, la solidarité communautaire est nécessaire mais ne doit pas remplacer l’aide nationale.

Le projet de déchéance de nationalité est abjecte

D’après M. Molitor, la France devrait davantage accompagner les expatriés qui pensent au retour. Faire valoir son droit à la retraite n’est pas toujours facile par exemple, ou bien accéder à une couverture maladie rapidement, des aides sociales de type RMI, etc. « La première source de référence des français ici est le site du consulat de France à Montréal, pas le blog de Philippe Molitor ». Or, le consulat devrait être plus proactif dans la diffusion d’informations d’après lui, notamment sur les processus d’immigration, de résidence permanente et de nationalité.

« Je crois au libre arbitre, et trouve le projet de déchéance de nationalité abjecte ajoute-t-il. Certains s’éloignent par choix en ne renouvelant pas leurs passeports, d’autres par obligation. » Philippe Molitor possède lui même la double nationalité, d’abord parce qu’il lui est impensable de vivre dans un pays sans pouvoir y voter.

« Toutes les expatriations sont des histoires différentes, je ne pense pas qu’il y ait deux catégories de français, deux classes de nationalités » lance M. Molitor. Avec une grand-mère française et un grand père belge, le conseiller croit beaucoup aux échanges, aux métissages, ainsi qu’aux différences linguistiques et culturelles.

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