Clément Duhaime à Montréal : « la Francophonie peut éclairer les débats d’aujourd’hui sur l’avenir de la planète »

Le 17 février dernier, le numéro 2 de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF) était à l’Université de Montréal. Alors qu’il est sur le point de quitter l’organisation, Clément Duhaime a livré une vision moderne de la Francophonie face aux défis mondiaux actuels.

« La Francophonie est aux avant-postes, car elle est fondée sur le dialogue interculturelle et sur le respect des différences », assure Clément Duhaime. Selon ce proche d’Abdou Diouf, la Francophonie répond aux défis modernes, car elle peut transgresser les obstacles nourris par l’intolérance grâce à cette langue commune. « Parler français est un choix politique à l’heure de la mondialisation », ajoute-t-il. La Francophonie reste un espace de contrastes qui rassemble deux pays du G8 et une majorité des pays les moins avancés du monde. D’ailleurs M. Duhaime évoque la solidarité francophone qui prévaut dans l’OIF. Bases de connaissances, notes de décryptage ou encore guides de négociation sont à la disposition des états membres, et notamment ceux qui n’auraient pas accès à cette information, pour leur permettre de mieux négocier dans des forums internationaux.

Les pays du nord, pas assez engagés dans la Francophonie

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Michaëlle Jean, nouvelle Secrétaire générale de l’OIF, Abdou Diouf, ancien Secrétaire général de l’OIF et Clément Duhaime, Administrateur de l’OIF (Crédit : Cyril Bailleul / OIF)

Nommé par Abdou Diouf en décembre 2005, ce québécois originaire de Trois-Rivières, est un « passionné de la francophonie », selon Louise Beaudoin, ancienne ministre péquiste, qui l’avait nommé Délégué général du Québec à Paris en 2000. D’ailleurs, comme elle, il regrette le peu de visibilité de la Francophonie dans les pays du nord. « 80% de notre revue de presse vient d’Afrique », explique-t-il. Le trifluvien ajoute que la politique étrangère de la France n’est pas assez axée sur la Francophonie, et que les pays du nord devrait l’inscrire comme l’un des piliers de leur politique étrangère. « Je suis triste de voir qu’une certaine élite intellectuelle qui a pris le pouvoir à Paris ne croit plus à la Francophonie », confie Clément Duhaime à son auditoire venu en nombre à l’Université de Montréal.

Un budget limité qui ne permet pas de répondre à la demande

Car selon lui, les moyens limités de l’organisation ne permettent pas de répondre à la demande croissante des pays intéressés par ce forum d’influence. Si l’Uruguay, le Mexique et le Costa-Rica ont été récemment admis à titre d’observateurs, il se dit ravi d’avoir signé la lettre de suspension du Qatar qui ne payait plus depuis deux ans, et qui ne cherchait qu’une sphère d’influence sans engagement. « Le sous-financement est chronique! », lance le numéro 2 de l’OIF.

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François Hollande reçoit Abdou Diouf à l’Élysée le 9 juillet 2012 (crédit : © Présidence de la République française – Christelle Alix)

Il ajoute regretter que la France n’ait pas été au rendez-vous pour augmenter un budget, aujourd’hui de 85 millions d’euros financés par 57 états membres ou associés. La France reste cependant le principal bailleur de fonds de l’OIF. Selon lui, la clé réside dans les partenariats. Récemment, il est allé chercher 25 millions d’euros « ailleurs que dans la poche des États ». Pourtant il vante la structure originale de l’organisation, qui compte une télévision (TV5 Monde), un réseau de 800 universités (Montréal est le siège mondial de l’Agence universitaire de la Francophonie), un réseau de parlementaires et 150 maires de grandes métropoles. « La force de la Francophonie ne sera jamais financière, elle est le réseau de réseaux », assène le Québécois.

« La Francophonie n’a pas encore perdu la bataille du contenu »

Clément Duhaime croit en l’avenir numérique de la langue française. « Si la Francophonie a manqué la bataille des médias numériques comme Netflix ou YouTube, elle n’a pas encore perdu la bataille du contenu », assure-t-il. Le numéro 2 de l’OIF assure que la nouvelle génération qui frappe à la porte de la Francophonie voit les choses différemment, et que la révolution numérique est une chance pour la diversité des langues face à l’anglais envahissant. La français est la 4e langue sur les réseaux sociaux, et les jeunes francophones sont très présents sur la toile.

Alors qu’il s’apprête à quitter l’OIF après presque dix ans à son service, Clément Duhaime assure que la Francophonie l’a rendu « meilleur » et qu’elle peut éclairer les débats d’aujourd’hui, sur l’avenir de la planète « mais aussi sur l’avenir de nos relations ».

(crédit photo Une : Nathalie Simon-Clerc)

Pour en savoir plus :

http://www.francophonie.org/

Guy Breton, recteur de l’Université de Montréal, a profité de la conférence de Clément Duhaime, pour lancer officiellement le Bureau de valorisation de la langue française et de la francophonie, dont la direction a été confiée à Monique Cormier.

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