Christiane Taubira à Montréal : « L’économie est une science morale »

C’est sans tambours ni trompettes que Christiane Taubira, ministre française de la Justice et Garde des sceaux, effectue une visite éclair de quatre jours à Montréal et Ottawa, dans le cadre d’une tournée canadienne visant à s’inspirer des meilleures pratiques en matière de prévention et de gestion de la criminalité. Au milieu d’une tourmente médiatique en France, elle a joué la discrétion auprès de la presse canadienne, mais s’est faite ovationner par les étudiants de HEC Montréal.

Christiane Taubira, ministre de la Justice et Garde des sceaux, a fait salle comble à HEC Montréal hier soir. Elle s’est livrée à un brillant exposé sur le thème : « Economie et Société : Quelle place pour la Loi ? ». Elle a rappelé les différences entre la conception anglo-saxonne du droit, basé sur le contrat, et considéré comme un service, et le droit continental basé sur la loi, mais aussi le rôle de l’État en tant que régularateur d’un marché parfois excessif, et acteur du changement. « La loi a un rôle essentiel », a-t-elle avancé. Mais c’est surtout la femme engagée à gauche qui s’est exprimée hier soir, affirmant le caractère égalitariste de la société française dû à son histoire, et sa préférence pour des entrepreneurs-citoyens, engagés dans leur communauté. « L’économie est une science morale », a-t-elle affirmé pleine d’espoir, en invitant les futurs décideurs d’HEC a prendre leur part dans l’histoire collective. « Chaque génération doit accomplir sa mission ou la trahir », a-t-elle conclut en citant Frantz Fanon.

Écoutes de Nicolas Sakozy : « Ne vous laissez pas enfumer! »
Immanquablement, les questions de l’auditoire l’ont immédiatement amenée sur le terrain des écoutes de Nicolas Sarkozy. « Ne vous laissez pas enfumer par des choses secondaires et accessoires », a lancé la ministre en préambule. Elle a réaffirmé sa totale confiance à sa directrice de cabinet. « Je n’ai pas traversé l’Atlantique pour ces querelles là », a-t-elle ajouté avant d’affirmer que cette affaire démontre que le gouvernement socialiste a réussi « à lever la chape qui pesait sur la justice, et qui faisait que les magistrats ne se sentaient pas libres ». Elle a salué le travail de la justice et, visant l’ancien président de la République, a souligné que « les puissants sont traités comme des citoyens ordinaires ». Répondant à une question sur le mariage pour tous, elle a dénoncé « une opposition qui braille dans les rues », et a plutôt incité la jeune génération à débattre. « Le mariage pour tous, c’est l’ouverture d’une institution républicaine à des gens qui n’y avaient pas accès. C’est une liberté qui n’égratigne pas celle des autres », a résumé la ministre Taubira avant de se faire ovationner par le jeune auditoire, et de saluer le Canada qui a adopté cette loi depuis 10 ans déjà. Les questions ont également débordé sur le travail du dimanche, donnant l’occasion à la ministre de réaffirmer son attachement au repos hebdomadaire instauré par le législateur.

S’inspirer des bonnes pratiques canadiennes
Au delà de cette rencontre avec les étudiants, Christiane Taubira est venue s’inspirer des bonnes pratiques canadiennes en matière de gestion de la criminalité durant quatre jours, auprès du gouvernement et des institutions judiciaires. En visite au Canada depuis vendredi, accompagnée de Sandrine Mazetier, vice-présidente de l’Assemblée Nationale française, elle doit rencontrer les ministres conservateurs Peter MacKay et Steven Blaney, ainsi que la juge en chef de la Cour suprême du Canada, Beverley McLachlin. Déjà en février, un groupe de parlementaires français étaient venus observer le modèle pénal canadien.

Vendredi après-midi, c’est à la mairie de Montréal que la ministre Taubira était attendue, mais la encore, la presse québécoise fut tenue à l’écart, et la séance photos annulée au dernier moment. Samedi(1) , elle a rencontré les candidats à l’élection consulaire de la liste du Rassemblement des Français de gauche, menée par Brigitte Sauvage.

(crédit photo : Rozenn Nicolle)

(1) La rencontre a eu lieu vendredi soir, mais le tweet de cette rencontre a été fait le samedi matin

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