Caravan Palace au Métropolis : « on s’y sent comme à la maison »

Un autocar transportant des musiciens passionnés, déjantés et authentiques, à la fois férus de jazz des années 40 et à l’affût des artistes émergents, particulièrement connus pour avoir popularisé le jazz manouche ascendant électro, pour leur énergie débordante, leur swing aussi bien électro qu’instrumental…Vous l’aurez deviné, on parle bien du groupe d’électro-swing Caravan Palace, de passage dans la métropole montréalaise le 18 mai dernier pour un concert enflammé, au Métropolis. Leur première date d’une nouvelle tournée nord-américaine au rythme infernal de 23 concerts jusqu’au 20 juin.

Composé à la fois d’un contrebassiste, d’un guitariste, d’un violoniste (Hugues, malheureusement absent ce soir-là pour un problème de visa), d’un clarinettiste, mais aussi d’un tromboniste rythmicien, d’un guitariste DJ, et enfin de la chanteuse Zoé Colotis, le collectif originaire de Paris innove cette année avec leur tout nouvel album, « <i°_°i> ». Le style est toujours aussi original et endiablé, avec des sons électro et expérimentaux plus prononcés. L’Outarde Libérée a rencontré quelques heures avant le concert la chanteuse Zoé Colotis, le contrebassiste Charles Delaporte et le guitariste Arnaud Vial, pour les entendre sur cette tournée nord-américaine, leur évolution et Montréal.

Par Théodore Doucet et Léopoldine Frowein

L’Outarde Libérée : Après un début de tournée en France, vous vous lancez pour 23 dates américaines en un mois, parmi une centaine de concerts sur 2016. Avez-vous déjà joué à un tel rythme ?

Charles : Avant notre base forte c’était la France, et les quelques pays autour. Et là, on sent vraiment qu’on grossit un peu partout. Donc là, on vient aux États-Unis et au Canada, en même temps qu’on tourne en France, en Angleterre, etc… C’est ce qui donne ce rythme un peu intensif avec des décalages horaires. Mais on le vit très bien !

Zoé : Quand on rentre, on va en Angleterre puis le lendemain à Vienne, puis au Portugal et en Suède juste après. C’est un peu spectaculaire sur le calendrier.

Votre dernier album « <I°_°I> » est sorti en octobre dernier, pour commencer, comment on le prononce ?

Charles : Normalement il ne se prononce pas mais maintenant oui, c’est « Robot », ou « Robot Faith », c’est le public qui l’a choisi, c’était marrant.

Cet album est entré directement dans le top 3 des ventes billboard aux États-Unis. Vous avez le sentiment d’avoir plus de succès sur ce continent qu’en Europe ?

Charles : Oui on sent que ça devient de plus en plus gros, ne serait-ce que sur les salles qu’on remplit ici qui ont plus de capacité qu’avant.

Zoé : Les ventes proportionnellement à ce qu’on fait comme promo ici, c’est à dire néant, elles sont importantes.

Charles : C’est nous qui gérons notre Facebook. Donc on se rend compte de tous ces messages qu’on reçoit des États-Unis. Quand on poste quelque chose après un concert à Perpignan on reçoit des messages comme  »Venez nous voir à Austin (Texas) ». C’est ça qui est décalé.

Zoé : Les marques aussi qui nous ont sollicités pour de la synchro, de la pub, c’est des marques plus connues qu’en France, comme Coca-Cola. Et même après chaque clip ou vidéo que l’on publie, on se rend compte que les likes et les commentaires viennent en majorité des  »States ». »

Le jazz manouche nous faisait un peu tourner en rond

Quelle est la chanson dont vous êtes le plus fiers ?

Arnaud : Ça change toutes les semaines, une semaine tu aimes un morceau, la suivante tu en as ras-le-bol et tu passes à un autre, etc.

Zoé : Dans le top 3 il y a  »Wonderland » pour nous tous,  »Midnight », et après c’est plus dur, ça peut être  »Comics »,  »Aftermath ». En plus on n’a pas forcément les même goûts au sein même du groupe. Mais  »Midnight » et  »Wonderland » mettent tout le monde d’accord ! »

Votre dernier album se démarque clairement des autres par la prise de pouvoir de l’électro par rapport aux sonorités jazz manouche. Pourquoi ce changement ?

Arnaud : Le public demande souvent à ce que tu refasses la même chose. Mais il y a un moment où tu tournes en rond, et il faut qu’on prenne du plaisir à faire ce qu’on fait et nos influences changent constamment. Donc cet album est un peu plus urbain avec plus de basse et plus d’influence soul. Je pense que les gens veulent qu’on soit authentique, donc parfois ça leur déplaît dans le résultat mais si on leur explique ils trouveront ça honnête. Finalement ils apprécieront la démarche. On parlait du jazz manouche, à un moment ça nous saoûle un peu, donc on a essayé d’en mettre moins  et de partir vers d’autres influences. C’est pas calculé pour plus plaire au public être plus mainstream ou des conneries comme ça, c’est juste ce dont on a envie à un moment donné.

Zoé : Plus que de parler de changement on parle d’évolution. Quand on évolue on ne renie pas, c’est juste que nos envies sont différentes.

Charles : On garde le même rythme conducteur, ce son rétro années 1930 qu’on aime tant. On travaille plus sur le son que le style en lui-même. On garde ce mélange de moderne et de son  »crado ».

Jusqu’à maintenant comment avez-vous perçu le retour de votre public par rapport à « <I°_°I> » ?

Charles : C’est très variable mais. Je crois qu’on peut dire que le troisième album est plus populaire que le deuxième.

Arnaud : Justement on m’a dit l’inverse hier (rires) ! Quand on essaie de jauger le public essayer de savoir ce qu’il préfère, c’est un casse-tête interminable. Si on commence à analyser les goûts de chacun on devient fou en une seconde. Je crois qu’il vaut mieux rester authentiques et faire ce dont on a envie tout en les respectant évidemment et les emmener là où on veut les emmener musicalement. »

Qu’est-ce qui vous a particulièrement inspiré pour ce dernier album ?

Zoé : On a passé pas mal de temps aux États-Unis, et avec un des membres du groupe on a écouté malheureusement beaucoup de trap music à l’époque, ça nous est passé mais ça a pu influencer.

Charles :  Au niveau de la structure surtout, dans la trap on aime bien ce principe de grosse montée qui prend assez son temps, et quand ça arrive ça se calme un peu il y a moins d’éléments mais c’est très dynamique.

Arnaud : Globalement dans l’EDM (electronic dance music), il y a ce truc de faire trois morceaux en un. Des artistes comme Flume ou Diplo, souvent ils arrivent à faire une balade au début puis il y a un drop suivi d’un peu de trap, puis un second drop pour passer à de la house. Je trouve ça cool, c’est beaucoup de dynamique et quand tu écoutes le morceau ou danses dessus tu passes par plein de phases en trois minutes. On a essayé de s’en inspirer un peu et c’est assez nouveau.

Zoé : Ça a pu ralentir un peu la moyenne de vitesse de nos morceaux. Mais on s’est inspiré aussi de pas mal de musique du monde, comme la musique africaine à la guitare. Il reste le côté rétro, le premier album était assez années 1930 avec de la charleston, pour le deuxième on a avancé dans le temps avec du beat band des années 1940-1950, et là on est plus dans la soul, donc peut-être que le prochain sera disco-psychédélique (rires). »

Connaissez-vous des artistes québécois qui vous ont marqué ? Et des concerts à Montréal qui vous ont marqués ?

Charles : Un artiste qu’on kiffe, qui est brésilien mais habite à Montréal, c’est Amon Tobin.

 Zoé : Dans ce qu’on écoute on ne sait pas trop qui est Québécois ou non, on le découvre un peu par hasard. Mais c’est la cinquième fois qu’on vient à Montréal, on commence à bien connaître le Métropolis [c’était leur troisième passage dans cette salle] et s’y sentir comme à la maison. Au-delà des artistes québécois et canadiens qu’on ne connaît pas trop finalement, on est surtout contents de retrouver le public d’ici. On avait commencé à l’Astral et une date au Club Soda, et il y avait ce concert pour le festival international de jazz [en 2010] et sa grande scène de maboule en plein air sur la Place-des-Arts. Il devait y avoir 50 000 personne, on a invité des copains danseurs à la dernière minute. On a un peu flippé, mais c’était une super fête.

(entrevue recueillie par Théodore Doucet et Léopoldine Frowein)

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