Benjamin Boutin à l’UDI Montréal : « Agir pour une Europe de la défense »

Par Camille Feireisen

Le parti centriste pro-européen, UDI Montréal organisait sa dernière conférence-débat de la saison, mercredi soir au restaurant français Plein Sud, sur l’avenue Mont-Royal. Le géopoliticien et spécialiste des affaires européennes et méditerranéennes, Benjamin Boutin, s’est exprimé sur le thème : « L’Europe de la défense » devant une dizaine de personnes. L’occasion de revenir sur les enjeux sécuritaires qui concernent la France et ses voisins.

Rappelant que « l’Europe constitue une chance pour la France », le responsable de l‘UDI Montréal, Arthur de Lembeye, s’est aussi exprimé sur le conflit ukrainien et la menace de l’État islamique « aux portes de la Turquie ». Pour ce rendez-vous citoyen, les participants étaient appelés à s’exprimer sur le rôle de la France dans la construction d’une Europe de la défense, à l’heure où des actions conjointes entre les pays européens sont menées contre les passeurs en Méditerranée.

Un engagement nécessaire pour la sécurité et la défense

« Les États-Unis se désengagent partiellement aujourd’hui, ils ne seront pas toujours derrière nous », souligne d’emblée Benjamin Boutin. Pour son exposé, le jeune expert a souhaité susciter une réflexion sur les solutions que peut apporter la France en matière de défense européenne. Il a ainsi rappelé les différents traités qui ont jalonné la construction de l’Europe de la défense. Depuis la communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA) à la politique de sécurité et de défense commune (PSDC) du Traité de Lisbonne, ce fut l’occasion de revoir son histoire.

Selon M. Boutin, l’Europe doit viser plus haut en matière de sécurité et de défense. Dans un monde soumis à des conflits extérieurs mais aussi des menaces intérieures, les dirigeants européens doivent agir de concert pour répondre à des questions de sécurité communes. En somme, être plus efficaces ensemble qu’individuellement. « Toutes les forces militaires ne sont pas les mêmes mais il faudrait créer une culture opérationnelle commune et un plan d’action global », explique-t-il.

Défense de l’Europe par elle-même

Plusieurs clauses, comme celle de solidarité, ont été laissées en jachère faute de volonté politique

M. Boutin a aussi spécifié les nombreux défis pour une Europe de demain, forte et unie. « Tout d’abord, réaliser Lisbonne, pointe-t-il. Plusieurs clauses, comme celle de solidarité, ont été laissées en jachère faute de volonté politique. » Il déplore ainsi que la construction d’une Europe militaire ne soit pas encore dans tous les esprits. Actuellement, l’Europe se limite à la gestion internationale de crise, « mais elle est efficace tout de même », nuance M. Boutin. Malgré tout, selon le jeune homme, les défis sécuritaires à venir doivent mener à des décisions fortes.

Le géopoliticien note toutefois les progrès de la PSDC au cours des quinze dernières années, avec une trentaine de missions civiles et d’opérations militaires conduites par des pays européens. Un « plus » en termes de capacité d’intervention du vieux continent, selon l’expert, qui rappelle également que l’Union européenne a su développer la gestion des crises et apaiser des conflits à l’échelle internationale. « La France et la Grande Bretagne sont les pays qui investissent le plus, rappelle Monsieur Boutin. Avec 2,2% du PIB alloué à la défense, ce sont les deux plus gros contribuables. »

Fonder un socle commun

Grâce à la France, on connaît les théâtres d’opération et son expertise qui est un atout pour l’Europe

Coopération et solidarité sont les maîtres mots d’une telle entreprise, à l’échelle européenne. Pour Benjamin Boutin, que ce soit au niveau de l’industrie ou des technologies de pointe, la qualification de l’emploi en Europe a tout à gagner à être maintenu à son meilleur niveau. Les objectifs sont doubles : éviter la concurrence internationale et maintenir une base de défense performante.

Pour ça, mutualiser les ressources des pays et proposer un budget commun constituerait un plus. « Les dépenses administratives actuelles sont complexes, souligne Monsieur Boutin. Le député Jean Arthuis a récemment agité le chiffon rouge et parlé de la nécessité des synergies budgétaires indispensables pour la défense. » Aussi, en fusionnant les filières nationales concurrentes, l’Europe pourra agir par elle-même, sans agir en interdépendance avec d’autres puissances militaires, croit le géopoliticien.

Autre idée : « Créer un livre blanc européen de la défense. Cela permettrait de matérialiser l’idée d’une Europe de la défense et de réactualiser des décisions obsolètes, datant de 2003, expose l’expert. Les États pourraient accepter l’interdépendance entre eux et favoriser des actions communes. » Mais au fait, quid de l’OTAN ? Ce sont deux choses bien différentes, affirme le géopoliticien. « L’OTAN restera une alliance militaire forte si les défenses américaine, canadienne et européenne sont aussi fortes et unies »,  affirme-t-il.

« L’Europe avance de crise en crise, à petits pas, mais il y a des acquis communautaires, les européens apprennent, assure Benjamin Boutin. Même si je ne peux pas donner de « deadline », ça viendra. » Et, selon lui, si la France décide de pousser cette politique européenne de défense, ses actions militaires constituent aussi un réel atout pour le reste des pays européens. « Grâce à la France, on connaît les théâtres d’opération et son expertise qui est un atout pour l’Europe. » conclut-il.

En attendant, Benjamin Boutin juge que c’est au tour des citoyens de faire pression auprès de leurs représentants. Dans la salle, un couple de français s’interroge sur l’absence des médias sur ces questions pro-européennes, en Europe…

À lire aussiloutardeliberee.fr/joutes-oratoires-francophones-le-quebec-la-belgique-et-la-france-saffrontent-a-montreal/

(crédit photo : Camille Feireisen)

4 Réponses

  1. Loulou
    Loulou at |

    Oh tiens, un boitiste 🙂 #Charles

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  2. Jacques Revers
    Jacques Revers at |

    Belle initiative, ça change de l’ancienne équipe de l’UDI Montréal dirigée par Séverine Boitier, qui ne pensait qu’à boire des coups entre amis

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    1. Charles
      Charles at |

      Remarque bizarre et malhonnête Jacques Revers, qui sent bon l’astrosurfing : c’est l’ancienne équipe de Severine Boitier, justement, qui a initié ces rencontres citoyennes. La dernière, sur l’accord de libre-échange Canada-Europe, avait rassemblé plus de 50 personnes, avec un véritable expert international et non un étudiant qui se prend pour un autre… Si on enleve les cinq membres de la nouvelle équipe, leurs parents et amis, celle-ci en a rassemblé seulement six! Chose que cet article extremement complaisant aurait dû relever, d’ailleurs…

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      1. Nathalie Simon-Clerc
        Nathalie Simon-Clerc at |

        Notre journaliste se contente de faire un article factuel : nombre de personnes et contenu de la réunion, … comme pour les cafés LUDIQ de Séverine Boitier auparavant.

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