Les années soixante à Montréal avec Juniore

Le groupe de Françaises Juniore s’est produit le samedi 4 novembre au Lion D’Or dans le cadre du festival Coup de cœur francophone. En première partie du groupe montréalais Paupière, les musiciennes ont fait vibrer le cabaret à coup de sons venus tout droit des années soixante.

Par Jacques Simon

Juniore c’est trois femmes, et La chose. Cette dernière, grande créature anonyme vêtue de blanc et d’un masque noir ne dévoile jamais son visage. McCartney mis à part, elle manie la basse Hofner comme personne. Ses collègues, elles, jouent de la guitare, du synthé, et de la batterie. Cœurs, réverbération, arpèges, franges et voix douce à la Françoise Hardy, c’est la musique des sixties retravaillée qu’on entend.

Presque blasée, cette voix, comme si elle savait pertinemment qu’elle disait vrai. D’ailleurs, Anna Jean, chanteuse et guitariste du groupe, tire le trait sur scène : regard dans le vague, un petit sourire, mais jamais plus, elle semble sûre d’elle. Il n’y a que ses doigts sur sa guitare qui font les fous. Ils montent et descendent au rythme de gammes, soutenues par la basse et accompagnées par les accords du clavier. Un peu psyché, un peu perchée, elle chante la vie, entre amour et cœur brisé, entre ennui quotidien et voyage lointain.

Pour leur première date canadienne, Juniore a largement réussi à convaincre son nouveau public. Inconnues en rentrant sur scène, les musiciennes ont réussi à faire crier, chanter et danser.

Le passé aux portes du présent

Juniore est produit par Phonographe, label fondé par Anna Jean avec son ami Samy Osta. Avec cette entreprise, ils ont réalisé les disques des groupes comme La Femme ou Feu ! Chatterton. Cette proximité avec des groupes issus d’une nouvelle vague de chanson française n’est pas anodine. Elle cristallise une nouvelle mouvance qui sort de l’hexagone.

Cheminant dans les sillons tracés par les générations passées, nombreux sont les artistes français qui retravaillent des thèmes musicaux qui datent. À un demi-siècle de leurs contemporains musicaux, ils puisent dans les vinyles poussiéreux accumulés par leurs parents pour déterrer gammes et jeux d’accords qui avaient été laissés pour morts. Et ça envoi ! Comme quoi, les mariages anachroniques, ne sont pas forcément problématiques.

Dans cette nouvelle chanson française, on trouve aussi bien une bonne vieille guitare électrique avec un peu de distorsion réverbérée qu’une console de mixage. On trouve aussi bien un ampli Marshall qu’un Mac armé de programmes de DJ. Faire le pont entre les générations c’est son propre, en garder que le meilleur, son but.

Juniore a sorti deux vinyles 45 tours et un EP intitulés Marabout avant de sortir leur LP Ouh là là.

(Photo : Juniore – Crédit photo : Jacques Simon)

 

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