Amélie Chassary, photographe française mise à l’honneur en Gaspésie

Chaque été, les Rencontres internationales de la photographie en Gaspésie met à l’honneur des artistes québécois et internationaux de l’image, à travers des expositions extérieures uniques. Cette année, Amélie Chassary représente la France avec sa collection « Éloge de la simplicité », exposée à Maria jusqu’au 30 septembre.

Amélie Chassary a longtemps partagé sa vie entre Paris et la province, avant de s’installer définitivement en Bourgogne pendant le confinement. Après avoir suivi des études en dessin et peinture, c’est vers la photographie que l’artiste française s’est tournée. Elle a notamment créé la collection « Éloge de la simplicité », qui sont de véritables natures mortes photographiées, faisant penser aux plus célèbres peintures de ce style. Elle est exposée pour la première fois à Maria, au Québec, jusqu’au 30 septembre 2020, dans le cadre des Rencontres internationales de la photographie en Gaspésie. Cet événement, assuré par le Fonds franco-québécois pour la coopération décentralisée, est organisé chaque été par Photo Gaspésie, en partenariat avec le réseau français Pratiques et Usages de l’image et le pôle photographique français Diaphane.

L’Outarde Libérée: Vos travaux vont être exposés en Gaspésie dans le cadre des Rencontres internationales de la photographie dans cette région, comment avez-vous été approchée par les organisateurs ?

Amélie Chassary: J’ai été invitée à exposer ma collection des natures mortes de fruits à l’occasion des Photaumnales 2019 – organisées dans les Hauts-de-France et dont le thème était « Terra Nostra, le temps de l’anthroposcène ». C’était un moment un peu particulier, car c’était la première fois que j’exposais mes travaux à l’occasion d’un grand événement, entourée de photographes reconnus. Étant donné que cet événement est organisé en partenariat avec Photo Gaspésie, j’ai eu l’occasion de rencontrer Claude Goulet, l’organisateur des Rencontres Internationales. On a dîné à la même table le soir du vernissage, où on a fait connaissance. Il appréciait beaucoup mon travail, on a gardé contact, mais c’est un peu plus tard que M. Goulet m’a proposé d’exposer mes natures mortes photographiées en Gaspésie. L’invitation était tellement sincère et spontanée, j’ai été très touchée par sa démarche. 

OL: Que ressentez-vous à l’idée de voir vos travaux présentés au public gaspésien cet été ?

Amélie Chassary: Je suis très heureuse d’avoir l’opportunité d’exposer dans cette contrée dont j’apprécie énormément la culture et les gens. J’ai découvert le festival par le biais de son site Internet et celui-ci propose de très belles mises en scène des expositions, notamment en pleine nature, qui respecte beaucoup les œuvres des artistes. J’ai beaucoup discuté avec M. Goulet sur la scénographie, la ville où je serai exposée (Maria)… tous ces échanges m’ont beaucoup plu. J’ai déjà eu l’occasion d’exposer au niveau international, en Chine en 2017, cependant, je n’avais de contact avec personne sur place, contrairement aux Rencontres internationales. C’est comme la première fois que mon travail sort concrètement de France, où un visage est mis sur ma collection pour les visiteurs. Cette fois, je ressens une vraie bienveillance et une grande générosité des organisateurs auprès des artistes.

OL: Le thème de cette édition des Rencontres internationales de la photographie en Gaspésie est « Résistance », en écho aux enjeux climatiques et sanitaires. Comment vos travaux illustrent cela ?

Amélie Chassary: Ma façon à moi de résister, c’est par le fait de s’émerveiller sur la nature, de contempler les belles choses de notre planète, de s’enchanter de petites odeurs ou de petites couleurs… de profiter des simples choses. Jusqu’à récemment, ma famille et moi partagions notre vie entre Paris et la province, mais lorsque la crise a éclaté, nous nous sommes définitivement installés dans la campagne bourguignonne. C’est aussi une forme de résistance, mais qui est complètement indépendante de ma démarche artistique. En me plongeant dans des projets qui magnifient la nature, j’ai l’impression que c’est une façon de résister contre tout ce qui peut être très agressif, très superficiel. J’ai adopté pour cela une façon très poétique et romantique de l’illustrer.

Après un jour chaud, le melon © Amélie Chassary

OL: Vous deviez initialement vous rendre en Gaspésie pour y présenter votre collection, mais la crise sanitaire s’en est mêlée…

Amélie Chassary: On a eu beaucoup d’échanges avec M. Goulet au fur et à mesure de l’évolution de la situation, on ne savait pas trop comment cela allait se passer, savoir s’il y avait une possibilité de venir en septembre. Mais finalement, cela ne pourra pas se faire avec toutes les contraintes qu’un tel voyage engendre aujourd’hui, notamment avec les quatorzaines d’isolement et la rentrée scolaire de mes enfants. Ma venue devrait cependant être reconduite à la prochaine édition en 2021, ce même si je n’expose pas, pour au moins rencontrer les organisateurs et les visiteurs. J’aimerais aussi avoir l’occasion de rencontrer des galeristes sur place, pour avoir une porte d’entrée sur la culture québécoise, mettre un pied dedans. J’espère que cela pourra se faire au moins l’année prochaine!

OL: La collection que vous présentez à l’occasion des Rencontres internationales fait penser à de véritables tableaux de nature morte, comment est née cette inspiration ?

Amélie Chassary: Il y a beaucoup de maturité dans l’évolution de mon travail. Avec du recul, j’ai l’impression que ce travail-là, « Éloge de la simplicité », c’est à la fois le début et l’aboutissement de mon inspiration. C’est une forme de passerelle entre le passé et le futur. Très tôt, j’ai étudié le dessin et la peinture, j’ai eu très vite ce besoin d’être en rapport avec les couleurs. J’ai fait des études supérieures en art, où j’ai étudié ces domaines. Je ne pensais pas que ces études m’amèneraient un jour à réaliser ce genre de photographies. Cette collection illustre la continuité de ma vie et de mon parcours d’artiste. Cela m’a fait comprendre que j’avais besoin de peindre, par la photographie. C’est avec l’ensemble de mes travaux que j’ai un jour véritablement compris que la peinture était ma principale source d’inspiration. C’est dans ce sens-là que j’ai l’impression qu’il y a un aboutissement de mon travail, mais qu’en même temps, je n’en suis qu’au début de cette démarche. Un travail artistique, c’est toute une vie, c’est une osmose avec ce que nous sommes. Je me sens toutefois plus proche d’une peintre impressionniste que d’une photographe de par mon parcours et ma vision des choses.

OL: Avez-vous de nouveaux projets en développement?

Amélie Chassary: Mon inspiration est loin d’être tarie, j’ai d’autres projets en cours de développement en lien avec la nature morte, peut-être davantage axés sur des objets en lien avec la nature. J’ai tenté pendant le confinement une expérience plutôt positive, en faisant de la peinture sur des tirages photographiques de végétation, en m’inspirant du pointillisme. Ce n’est que le début de ces travaux!

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