Alex Lutz au Festival du Nouveau Cinéma : « les questions du temps, de la filiation, d’être et d’avoir été, me sont nécessaires »

Le comédien et metteur en scène Alexandre Lutz venait ce samedi présenter son dernier film, Guy, à la cérémonie de clôture du Festival du Nouveau Cinéma. Nous avons rencontré celui qui participait cette année, à la semaine de la critique à Cannes.

Par Camille Balzinger

C’est la première fois qu’Alex Lutz venait à Montréal, après avoir toujours fantasmé cet endroit. Il n’est pas déçu, c’est comme il le pensait. « L’Amérique est présente, palpable, on sent les kilomètres entre la France et ici, » dit-il. Pour lui le Québec est comme un cousin, une relation filiale différente de celle entretenue avec un frère, ou une sœur. « C’est la magie de la francophonie, cette langue qu’on parle beaucoup et peu en même temps : c’est merveilleux d’entendre sa langue dans un autre pays. Je suis très heureux,» ajoute-t-il.

Le film qu’il présente, Guy, c’est « l’histoire d’un fils illégitime qui trouve un moyen très original, par le documentaire, d’aller à la rencontre de son père et il se trouve que celui-ci est une vedette populaire. C’est comment le fils s’approprie une rencontre, avec sa caméra». Un documentaire fiction donc, où Gauthier – le fils, journaliste – suit son père Guy Jamet, un chanteur de 74 ans. Si Gauthier connait Guy car sa défunte mère en était fan, Guy ne sait pas que Gauthier est son fils.

Lorsque Guy chante Montréal, la chanson de Robert Charlebois, c’est parce que l’institutrice d’Alex Lutz la lui chantait à l’école primaire. Elle lui est restée « très très très fort dans le cœur, » c’est une de ses chansons préférées. C’est aussi pour ancrer son chanteur dans le réel, comme le sont ses rencontres avec Julien Clerc, Michel Drucker ou Alexandra Sublet. Guy devient crédible dans les situations, au-delà du jeu des comédiens et comédiennes, et s’intègre parfaitement au paysage culturel français. Le « c’est-comme-ci » devient une illusion de réalité parfaitement réalisée.

Alex Lutz fait un pari, un « top-là avec le spectateur » que Guy est réellement un chanteur populaire connu de nous tous : des pochettes de disques, à ses vidéos, à son compte Instagram, Guy Jamet prend vie au-delà même du film. Au plus proche de l’intimité d’un personnage, d’un humain que l’on adopte vite, l’incarnation est troublante. « On est sincères, » raconte le réalisateur, « on ne joue pas à faire un documentaire, sinon c’est foiré. On a fait les concerts, avec des figurants qui aimaient mon travail, au complet. On dinait vraiment. On s’installait vraiment dans les séquences. »

Lorsqu’on lui demande combien de lui il y a dans Guy, Alex Lutz précise que ce personnage est plus la « projection de ses questions, de ses angoisses, doutes, désillusions – déjà – ou illusions – encore. » Guy reste un personnage de fiction, si proche d’une réalité télévisuelle pourtant qu’il en floute légèrement les limites.

Finalement, Alex Lutz porte une fois encore à l’écran un personnage physiquement éloigné de son apparence quotidienne. Comme lorsque travesti en femme pour Catherine et Liliane, le masque de l’âge sur le comédien est épais et pourtant invisible, crédible. « Ça me demande une énorme sincérité, une énorme vérité que de jouer avec un masque, » dit-il. Comme lors d’un spectacle de marionnettes, il explique que pour croire en les personnages l’exercice de sincérité est encore plus poussé pour faire oublier le masque et vivre le protagoniste à travers lui.

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