À Montréal, Serge Halimi fustige le bilan international de Macron

C’est une conférence d’envergure qui a eu lieu du 17 au 20 mai à Montréal. Pour la thématique « préparer la société après le capitalisme », le collectif La grande transition a organisé quelque 120 ateliers animés par 300 panélistes issues d’une douzaine de pays. Parmi les grands noms, Alain Deneault, philosophe québécois professeur à Paris VIII et directeur de recherche au Collège international de philosophie, venu parler de la façon dont l’économie « domine nos vies » devant un auditorium plein à craquer. En marge de la conférence, plusieurs français sont venus faire part de leur vision de gauche européenne. Parmi eux, Serge Halimi, rédacteur en chef du Monde Diplomatique, qui était venu présenter sa façon de « penser la situation américaine aujourd’hui » aux côtés de Bhaskar Sunkara, rédacteur en chef du Jacobin, publication socialiste d’envergure basée à New York.

Par Jacques Simon

Devant une cinquantaine de personnes, les deux éditeurs de publications marquées à gauche ont proposé leur vision critique de la politique américaine et de son président. Sunkara, américain, offrait une vision d’insider, basée sur une analyse des syndicats et la popularité inattendue de la campagne de Bernie Sanders. Halimi, lui, dirigeait son analyse sur la politique internationale, les cercles d’influence des États, et les rapports de forces stratégiques. C’est ainsi que sa présentation s’est étendue non seulement à Trump, mais aussi à Emmanuel Macron et à Justin Trudeau, dans leur politique internationale et le social libéralisme dont ils sont tous les deux porteurs.

Un bilan international négatif

Pour ce qui est des relations internationales, spécialité du Monde Diplomatique, M. Halimi n’a pas eu de mots doux pour le président français. « Il avait fait le pari qu’il arriverait à sauver l’accord sur le nucléaire iranien, c’est un échec sanglant », analyse le rédacteur en chef, faisant allusion à la décision du président américain de sortir de l’accord international. Aussi, c’est l’image d’un politique français qui essaye désespérément de se faire accepter par le grand allié américain qui est dégagé. « Il a voulu tisser une relation amicale avec Trump, en surjouant même la cordialité, a expliqué Serge Halimi à notre micro, le tout pour se voir refoulé à la dernière minute ». Au-delà de cette crise diplomatique, accepté par tous comme un raté de la politique macroniste, M. Halimi a aussi critiqué des exemples moins communs. « Devant le congrès américain, il a essayé de se poser en défenseur du multilatéralisme », a par exemple ajouté Halimi en faisant référence au discours de Macron du mois dernier, « les républicains ont compris que c’était une critique voilée de Trump ». Ainsi, celui qui était venu amadouer la droite américaine a « quitté la séance en mécontentant une partie des gens qu’il devait convaincre ».

Pour les Français de l’étranger, le bilan n’est guère meilleur. « Il ne défend pas les intérêts de Français de l’étranger ou même plus largement de la France en étant un aussi mauvais avocat de la francophonie », explique Serge Halimi, avant de s’étonner que le président Macron ne s’exprime pas dans la langue de Molière même à l’étranger : « Il est président de la République française; si les Français ont envie de l’entendre, ça n’est pas une mauvaise chose qu’ils puissent l’entendre s’exprimer dans la langue nationale ». Emmanuel Macron avait en effet essuyé de vives critiques à l’occasion de la journée internationale de la francophonie, où certains avait trouvé ses propositions relatives à la francophonie insuffisantes, voire même problématiques.

« Quand il s’agit de la puissance du capital, Macron, Trudeau et Trump ne sont pas si éloignés »

Au niveau de la politique intérieure, Serge Halimi est revenu sur des thématiques régulièrement reprises par la gauche depuis l’élection d’Emmanuel Macron. « Lorsqu’il s’agit de politiques économiques ou sociales, les orientations de Macron et de Trump ne sont pas franchement opposées : dans un cas comme dans l’autre, il s’agit de mettre en avant les intérêts du capital et mettre en cause les conquêtes sociales », a-t-il expliqué à l’Outarde Libérée après sa conférence. Baisse de l’imposition sur la plus-value des sociétés, restructuration du code du travail et du statut des cheminots… les exemples cités par M. Halimi relèvent d’un lexique classique pour les acteurs de gauche. Aussi a-t-il appelé pour un dépassement de l’offre politique actuelle : « Nous ne devons pas être confrontés à un choix qui se limite à un choix entre le mal et les pires », a-t-il martelé, faisant allusion tant au second tour de la présidentielle française qu’aux dernières élections américaines. Des positions qui ont rencontré l’oreille attententive des auditeurs, tous déjà relativement sympathiques à la cause.

(crédit photos: Jacques Simon)

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