À Montréal, Jérémy Ferrari ne fait aucun compromis… et fait mouche

Le 2 mai dernier, l’humoriste français Jérémy Ferrari présentait son one-man show devant un Olympia montréalais complet. Dans une ambiance tamisée, la salle organisée en cabaret, était remplie majoritairement de Français mais aussi de nombreux Québécois. Deux heures durant, l’humoriste a enchaîné les blagues osées : terrorisme, antisémitisme, malnutrition ou encore violences sexuelles, Jérémy Ferrari n’a évité quasiment aucun sujet tabou. Le tout était entrecoupé d’interactions avec le public, faisant ainsi appel aux talents d’improvisation du comédien. Un pari risqué pour l’humoriste français, dont le style ne correspond pas forcément à ce que connaît un public nord-américain. Malgré cela, il a fait mouche, et a réussi à entraîner la plupart de la salle dans son monde.

Par Jacques Simon

« Ça s’est hyper bien passé, j’étais très agréablement surpris par la proportion de Québécois dans le public », a-t-il expliqué à l’Outarde Libérée le lendemain du spectacle. Il faut dire que ça n’était pas gagné d’avance : habitué à un public français, les références comiques de l’humoriste n’étaient pas évidemment transférables d’un côté à l’autre de l’Atlantique. Nicolas Sarkozy, François Hollande, BHL, Éric Zemmour… autant de références françaises que les Québécois dans la salle n’allaient pas forcément comprendre. « J’avais vérifié auprès de plusieurs humoristes québécois, pour voir ce qui parlerait ou ne parlerait à la salle, et j’avais modifié », confie-t-il.

Un spectacle à deux niveaux

Outre l’aspect comique, Jérémy Ferrari profite de la scène pour faire un véritable cours d’histoire et de politique à son public. Histoire du Moyen-Orient depuis la naissance de Mahomet en 570, conflit israélo-palestinien, ou encore conséquences de l’interventionnisme occidental, il propose à la salle une vision sans compromis des maux qui gangrènent le monde. Aussi, on sort du spectacle avec l’impression d’avoir assisté autant à un one-man show qu’à l’exposé d’un journaliste d’enquête. « Moi je ne donne pas d’avis, je donne des faits », explique-t-il. En effet, un travail de recherche et d’investigation important précède l’écriture du spectacle. Pour la dernière partie, où il présente les profits faramineux de l’ONG Action contre la faim, il soutient ses propos avec des chiffres, des documents, et des lettres qui circulent à l’interne de l’organisation. Un exposé documenté et soutenu par des preuves (disponibles dans un classeur laissé sur scène après le spectacle pour que le public puisse le consulter) qui ne laisse aucun retranchement au spectateur. Dépité, le public doit se rendre à l’évidence que ce qu’il avance est vrai… et mieux vaut en rire avec Ferrari qu’en pleurer!

Pourtant, ce style de spectacle à deux niveaux a ses limites. Contraint par le format, le comique est forcé de faire quelques raccourcis, quelques imprécisions. Sans invalider le fond de sa pensée pour autant, Jérémy Ferrari omet à quelques reprises certaines nuances. « Ça reste un spectacle d’humour, où il est impossible de rentrer dans les détails, avoue-t-il avant d’ajouter, il faut faire des choix dans le contenu. Parfois, trop de précisions ne servent pas le propos, elles le noient ».

« Les gens sont suffisamment intelligents pour rire de tout »

Ceux qui ont vécu des deux côtés de l’Atlantique le savent, l’humour ne s’exporte pas toujours très bien. Pas toujours facile de faire rire un public étranger avec des blagues de chez soi. Pourtant, pour Jérémy Ferrari, il n’y a pas de tabou qu’on ne puisse transgresser avec l’humour. « Partout dans le monde, il y a des gens qui sont choqués par l’humour choquant : c’est le principe » explique-t-il avant d’ajouter, « moi, je suis là pour déranger ».

Ainsi, dans l’humour, c’est simple : « il n’y a pas de règles ». Autant dire donc qu’il n’y a pas d’humour national non plus. La clef de rire se trouve dans le bouche de l’humoriste, et faire mouche dépend de sa façon de raconter sa blague. « J’ai parlé avec des Québécois qui me mettaient en garde contre mon style d’humour. Finalement ils ont rigolé aussi, explique-t-il, certains humours ont plus de mal à s’adapter, mais rien n’est jamais impossible ». Hors de question donc de dire que les blagues « trash » sont inaccessibles pour certaines populations selon Jérémy Ferrari : « je pense que les gens sont suffisamment intelligents pour rire de tout; c’est à nous, les humoristes d’être suffisamment bon pour les faire marrer ».

Jeremy Ferrari sera au lycée français de San Francisco les 10 et 11 mai prochains.

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