« Vive le Québec libre! »: 50 ans plus tard, De Gaulle divise Montréal

Il y a 50 ans, le croiseur Colbert accostait à Québec. À son bord, le président de la République française, Charles De Gaulle, qui allait lancer, le 24 juillet 1967 au balcon de l’Hôtel de Ville de Montréal, son célèbre : « Vive le Québec libre! ». Aujourd’hui Montréal commémore ce moment historique… avec retenue.

Par Nathalie Simon-Clerc

Denis Coderre, le maire de Montréal, soulignera l’évènement, notamment avec une exposition consacrée au Général De Gaulle et qui durera une semaine. Il a refusé l’accès au balcon de l’Hôtel de Ville, à la Société Saint-Jean-Baptiste (SSJB), alors que l’organisme avait pu y célébrer le 30e anniversaire.

« L’Hôtel de Ville est neutre et apolitique. Les citoyens de Montréal n’accepteraient pas que ces lieux soient instrumentalisés. », justifie-t-on au cabinet du Maire.

« C’est un événement historique majeur non seulement pour le Québec, mais pour la ville de Montréal. », réplique Bernard Landry, ex-premier ministre du Québec, qui soutient la SSJB.

50 ans plus tard, la question demeure : improvisation ou préparation ?

Officiellement, le président de la République française venait visiter Expo 67 et célébrer le centenaire de la Confédération canadienne. Mais il n’ignore pas la guerre larvée que se livrent Ottawa et Québec à propos de l’exposition universelle. 

Selon André Duchesne, auteur de « La traversée du Colbert »(1), le Général De Gaulle savait ce qu’il faisait. Débarqué à Québec plutôt qu’à Ottawa le 23 juillet, De Gaulle avait promis de « faire des vagues » au Québec, selon son entourage. André Duchesne reconstitue le fil des évènements.

Il emprunte le Chemin du Roy jusqu’à Montréal, ou il déclame ces quatre mots qui ont fait trembler Ottawa, devant 15 000 Montréalais en liesse. « libération », « affranchissement », … les mots de son discours à l’Hôtel de Ville de Montréal ne sont pas choisis au hasard. L’allocution était-elle prévue ? L’auteur précise que le micro avait été débranché, à la demande de Jean Drapeau.

L’auteur, qui a recueilli des témoignages de l’époque et consulté des fonds d’archives, remet en perspective : le Québec cherchait alors à jouer un rôle tout nouveau sur la scène internationale. Selon Mario Girard, de La Presse, l’essai « se lit comme un véritable thriller (…) il fourmille de détails et d’anecdotes ».

Selon Radio-Canada, « la déclaration du président de la France a été l’un des événements déclencheurs du mouvement d’affirmation nationale. »

Alain Ripaux, auteur de « Charles de Gaulle, une certaine idée du Québec », profite également de ce 50e anniversaire, pour revenir sur le voyage historique du président français au Québec, dans un ouvrage publié le 17 juillet, voyage qui marqua le début d’une coopération franco-québécoise plus proche, « une relation particulière » selon certains ministres.

La SSJB tiendra une cérémonie de commémoration devant l’Hôtel de Ville ce 24 juillet, tandis que le cabinet du maire Coderre a indiqué que le balcon serait en accès libre au public aujourd’hui.

(1) La Traversée du Colbert : De Gaulle au Québec en juillet 1967, de André Duchesne – Édition Boréal 

Le 24 juillet 1697, le Général de Gaulle prononce un discours célèbre au balcon de l’hôtel-de-ville de Montréal (Archives INA – Émission: Panorama – Journaliste: Jean Lanzi)

 

(crédit photo de Une: Archives de Montréal – Légende: Le général de Gaulle au balcon de l’hôtel de ville de Montréal, en compagnie de son épouse Yvonne, du maire Jean Drapeau et de Marie-Claire Drapeau. 24 juillet 1967, VM94,Ed37-21)

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