L’après COP 21 expliqué à HEC Montréal par l’ambassadeur Nicolas Chapuis

Mercredi dernier, HEC Montréal et l’association étudiante Groupe HumaniTerre ont proposé une conférence table-ronde sur l’après COP 21 dans les locaux de l’école de commerce. Devant un public d’une soixantaine de curieux, de nombreuses zones d’ombre autour de l’accord sur la limitation du réchauffement climatique ont été éclaircies par l’ambassadeur de France au Canada Nicolas Chapuis, Jean-Philippe Desmartin spécialiste français de la finance responsable chez le groupe d’investisseurs ODDO, et notre journaliste en environnement Jacques Rivard.

Par Théodore Doucet

Retour à Paris, le 12 décembre 2015 : Au terme de treize jours d’âpres négociations lors de la Conférence sur le climat COP 21, Laurent Fabius frappait sa table d’un coup marteau vert devant le parterre de la presse mondiale. « C’est un petit marteau, mais je pense qu’il peut faire de grandes choses », clamait-il, officialisant l’Accord de Paris. Qualifié d’historique, ce texte réunissant 196 États est censé contenir le réchauffement de notre planète à 1,5°C.

Expliquer l’accord de Paris

Ce geste a symbolisé l’effort commun des États pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. Il s’agit de fait d’un compromis porté par le principe novateur de « justice climatique », comme l’a souligné à HEC Montréal, l’ambassadeur Nicolas Chapuis. C’est-à-dire par la reconnaissance, que les pays du Nord et ceux du Sud ont des « responsabilités communes mais différenciées » dans le changement climatique, et que leurs « capacités respectives » à y faire face sont inégales. Volubile, Nicolas Chapuis qui incarne la présidence de la COP 21 lors de cette table-ronde, a insisté sur le caractère historique du texte final, qui « fait en sorte que les présidents des États-Unis, de la Chine et de l’Inde sont tombés d’accord, du jamais vu ! ». L’invité de marque de l’événement a par ailleurs félicité l’annonce du Canada d’investir 125 milliards de dollars sur les quatre prochaines années dans les infrastructures de transition énergétique. Et d’affirmer que « le regard du monde sur le Canada a changé depuis la COP 21 », soulignant ainsi le cap environnemental annoncé par le gouvernement Trudeau.

Financer la lutte contre le réchauffement climatique

L’argent, c’est évidemment le nerf de la guerre contre le changement climatique. L’intervenant Jean-Philippe Desmartin s’est chargé d’expliquer le fait que l’économie verte est en passe de devenir profitable. Selon lui, les investisseurs seraient aujourd’hui plus enclins à injecter de l’argent dans des projets de parcs éoliens que de centrales électriques à charbon. Ce facteur  »lutte contre le changement climatique » fait partie de la  »sélection ESG » qui consiste, chez les investisseurs, à choisir les entreprises ayant les meilleures pratiques environnementales, sociales ou de gouvernance. Alors que « 80% de l’économie mondiale fonctionne sur le carbone », la prise en compte de la protection de l’environnement par la finance est déterminante, a rappelé l’intervenant : « Des trillions de dollars sont nécessaires pour financer la transition vers une économie décarbonée. »

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(Nicolas Chapuis, ambassadeur de France au Canada – crédit photo : Nathalie Simon-Clerc)

Philippe Desmartin s’est ensuite attardé sur le « fonds vert » prévu par l’accord de Paris qui implique le transfert de 100 milliards USD par an des pays développés vers les régions sous-développées à partir de 2020. La grande interrogation aujourd’hui tourne autour du financement de ce fonds vert : Jusqu’à quel point sera-t-il pris en charge par les Etats ? Sera-t-il possible pour ces derniers de débloquer les sommes en empruntant ?

On a l’impression que ce sont les pays riches qui se félicitent le plus de l’accord de Paris !

La dernière partie de la conférence était dédiée au débat avec le public. Sanctions pour les États non payeurs du fonds vert, nouveau modèle économique (Comment rester sur la sacro-saint croissance économique dans un monde aux ressources finies?), scandales écologiques,  plusieurs thèmes très spécifiques ont été rapidement abordés. Trop rapidement au goût de certains auditeurs, comme le regrettait Hélène Chebroux, employée dans le développement durable : « C’est dommage qu’on ne soit pas resté plus longtemps sur le sujet de la décroissance, qui n’est pas qu’un plan utopique. Le fait que l’ambassadeur ait éludé la question me rend plus sceptique sur la parole officielle. J’aurais aussi aimé qu’il y ait une contre-parole aux intervenants qui auraient pu être critique sur la COP 21. » Étudiant en finance, David aurait aussi souhaité un point de vue venu des pays en développement : « On a l’impression que ce sont les pays riches qui se félicitent le plus de l’accord de Paris ! » Il a néanmoins retiré « beaucoup d’espoir » suite à la prise de parole de Philippe Desmartin sur le fait que les mondes de la finance et du développement durable puissent être alliés.

(crédit photo : Nathalie Simon-Clerc – Une : de gauche à droite, Jacques Rivard, Nicolas Chapuis, Jean-Philippe Desmartin, Karine Navilys, Laure Waridel)

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