L’AVE instaurée au Canada, au nom de la sécurité, mais jusqu’où ?

À l’instar de l’ESTA (Electronic system for travel authorization) aux Etats-Unis, le Canada instaure l’AVE pour Autorisation de Voyage Électronique à partir du 15 mars 2016. Dès lors, tous les voyageurs concernés y compris les Français qui n’ont pas besoin de visa pour se rendre au Canada, devront obligatoirement remplir un formulaire en ligne et s’acquitter de la somme de 7$ pour venir sur le sol canadien. Michaël Pilater et Yan Chantrel, tous deux Conseillers à l’Assemblée des Français de l’Étranger (AFE) pour le Canada, sont préoccupés par cette mesure et par le manque de communication des Autorités.

Par Victoire Pottiez

Déjà en place depuis le 1er août 2015, L’AVE sera obligatoire à partir du 15 mars 2016 pour permettre au Canada de faire une vérification préalable des voyageurs avant qu’ils n’arrivent au pays. Il concerne donc tous les voyageurs, à l’exception de ceux munis d’un visa comme le Permis Vacances Travail (PVT), par exemple. Présenté sous la forme d’un document électronique lié au passeport, il sera valide pendant cinq ans. Si cette mesure a été adoptée sous le gouvernement conservateur de Stephen Harper, il n’est pas impossible, selon Yan Chantrel, que l’entrée en vigueur de l’AVE ait été accélérée suite aux attentats perpétrés en France en 2015 et au nouveau contexte international de lutte contre le terrorisme. Mais, selon le conseiller du Parti socialiste (PS), « sa période d’adoption concorde davantage avec les attaques qui ont eu lieu au parlement du Canada à Ottawa en octobre 2014. Faire de la sécurité pour se prémunir d’actes terroristes bien entendu, personne ne sera contre, mais l’efficacité de ce type de mesures reste, selon moi, à démontrer », doute le conseiller à l’AFE. De son côté, Michaël Pilater, Conseiller à l’AFE Les Républicains (LR), est plus confiant : « Tout ce qui est fait contre le terrorisme, j’y suis favorable à partir du moment ou il y a une vraie efficacité et je pense que oui, c’est le cas sur cette mesure. Je ne connais pas le détail des menaces qui pèsent sur le Canada, simplement, si ce système permet de renforcer la sécurité des voyageurs et des citoyens, on ne peut pas être en désaccord”, insiste le conseiller LR.

Une communication limitée

« L’important est de bien informer les personnes, or le problème qui risque ici de se poser est que les voyageurs n’auront pas rempli ce document au préalable », s’inquiète Yan Chantrel. En effet, on commence tout juste à entendre parler de cette nouvelle obligation à deux mois de sa mise en application. Michaël Pilater est d’ailleurs tout aussi préoccupé par ce manquement. « J’ai été averti par des Français du Canada, détenteurs de visa, qui ont reçu un mail pour les informer que l’AVE allait être mise en place alors qu’ils ne sont pas concernés, raconte l’élu LR avant de poursuivre, la seule information que je possède se trouve sur le site de l’immigration canadienne (http://www.cic.gc.ca/francais/visiter/ave.asp) , autrement dit, il faut aller la chercher », déplore-t-il. Compte tenu du nombre important de voyageurs français au Canada, M. Pilater pense que la France a aussi un rôle à jouer dans la communication de cette mesure. « Je pense que la France devrait également avertir ses ressortissants, notamment lors des évènements dédiés à promouvoir le Canada », suggère-t-il, avant d’ajouter : »Si pour les futurs détenteurs de visa, l’AVE sera de facto obligatoire, je suis surtout inquiet pour les familles qui viennent visiter leurs enfants ». Le Conseiller LR s’inquiète également pour les entrepreneurs qui se rendent au Canada pour affaires « S’ils se voient refuser l’accès au pays, c’est très problématique. Ce ne sera pas seulement le tourisme mais aussi les relations économiques qui risquent de pâtir de ce manque de communication », s’alarme M. Pilater.

« On parle quand même de ficher les gens. »

Pour se rendre au Canada, les voyageurs remplissent déjà un formulaire « papier » durant le vol. Il s’agit de la carte de déclaration du voyageur “servant à déclarer les marchandises achetées, reçues ou autrement acquises, et d’acquitter les droits et taxes applicables” (http://www.cbsa-asfc.gc.ca/travel-voyage/instructions-fra.html). Quant à l’AVE, ses objectifs sont exclusivement sécuritaires. À cet effet, le formulaire requiert un grand nombre de renseignements personnels sur le voyageur (ville et territoire de naissance, citoyenneté(s), fonds disponible pour voyager, adresse de domicile, etc.).  C’est sur ce point que le conseiller PS, Yan Chantrel, se montre méfiant. « On parle quand même de ficher les gens. », s’inquiète le Conseiller avant d’ajouter « C’est important de garantir la sécurité des voyageurs mais je m’interroge surtout sur l’usage de ces informations : où sont-elles collectées ? Pendant combien de temps et à quelles fins seront-elles exploitées ?  Je pense que les citoyens ont besoin de savoir », renchérit M. Chantrel. Reste donc à savoir si les informations recueillies par le système seront sécurisées juridiquement.

Laisser un commentaire