Jeter pour rouler, l’avenir des biocarburants passe par notre poubelle

Faire le plein de sa voiture avec un vieux chandail ou un jouet en plastique délaissé est l’exploit technologique accompli par Énerkem, une des deux entreprises canadiennes invitées à l’exposition Solutions COP21 la semaine dernière à Paris. L’entreprise de Sherbrooke a breveté ce procédé unique au monde, et s’apprête à ouvrir une 2e usine sur la rive-sud de Montréal.

« C’est très stimulant, positif et intense », confie Marie-Hélène Labrie, Première vice-présidente aux Affaires gouvernementales et communications d’Énerkem, depuis Paris. En marge de la conférence COP21 qui a retenu l’attention du monde la semaine dernière, se tenait l’exposition Solutions COP21 au Grand Palais, où 65 entreprises sélectionnées à travers le monde, sont venues présenter des solutions innovantes pour réduire les gaz à effet de serre (GES) à quelque 50 000 visiteurs.

Énerkem, compagnie fondée au Québec en 2000 par un professeur de l’Université de Sherbrooke, Esteban Chornet, et son fils Vincent, a mis au point un procédé unique de production de biocarburant (méthanol et éthanol) à partir de déchets résiduels, non compostables et non recyclables. « On voulait régler deux problèmes en même temps », justifie la vice-présidente. En 15 ans, la compagnie québécoise est passé du stade de l’expérimentation en laboratoire à une usine à Edmonton, en Alberta, qui traite 100 000 tonnes de déchets par an, et produit 38 millions de litres d’éthanol, de quoi faire rouler 400 000 voitures chaque année. « On réduit la dépendance au pétrole, les GES, et les déchets », se réjouit la dirigeante. En effet, par la loi, les raffineurs sont contraints d’incorporer 5% d’éthanol dans le carburant des véhicules pour réduire l’émission de GES.

Des usines au Québec, en Europe et en Chine

Si la production d’éthanol n’est pas nouvelle, le procédé mis au point par Énerkem l’est. « Nous sommes un producteur de nouvelle génération, car nous produisons avec des matières destinées à l’enfouissement », explique Mme Labrie. De vieux souliers, un chandail ou des jouets de plastique en fin de vie, vont être transformés en éthanol et méthanol grâce au procédé d’Énerkem. Selon la dirigeante, cinq ou six entreprises seulement dans le monde, produisent de l’éthanol à partir de résidus, mais Énerkem est la seule à le faire à partir de déchets domestiques. D’ailleurs, la ville d’Edmonton, qui valorise déjà 60% de ses matières résiduelles domestiques, va passer à 90% en traitant avec l’entreprise de Sherbrooke. « Au lieu de payer un site d’enfouissement, Edmonton paie Énerkem qui apporte une solution plus verte », assure la vice-présidente de la compagnie. Les groupes chimiques qui veulent réduire leur empreinte carbone sont également les clients d’Énerkem pour la production de méthanol. L’année prochaine, c’est à Varennes, sur la rive-sud de Montréal, que la 2e usine de l’entreprise va être construite. Mais c’est aussi l’étranger qui se tourne vers ce nouveau procédé. Après un partenariat signé en Chine pour développer une usine à Qingdao, c’est le géant néerlandais AkzoNobel qui fait les yeux doux à l’entreprise de l’Estrie. Car l’enjeu est de taille : d’ici 2020, le secteur des transports devra intégrer 10% d’énergie renouvelable. « Cela peut se faire en grande partie avec l’éthanol », justifie Mme Labrie. D’ailleurs, le secteur de l’industrie des biocarburants a publié une déclaration lors de la COP21, pour enjoindre les dirigeants et notamment les parlementaires européens à définir leurs cibles précises après 2020.

Marie-Hélène Labrie se réjouit de l’accueil reçu à Paris pour cette exposition. « Il y a une diversité incroyable de solutions, et souvent ce sont des PME qui ont développé des technologies révolutionnaires », s’enthousiasme la vice-présidente d’Énerkem. Elle souligne également l’image et le rôle du Canada qui se sont complètement transformés durant cette COP21. « Le Canada a repris sa place, c’est encourageant », concède-t-elle, avant de conclure : « Les technologies propres sont un secteur économique émergeant et porteur d’espoir ».

(crédit photo : Merle Prosofsky – Énerkem)

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